L’incroyable sauvetage

J’en étais convaincu. Pascal Dupraz était arrivé trop tard dans la ville rose pour sauver le Toulouse FC. Et je me félicitais dans le même moment. De la fidélité et de la solidité du Président Olivier Sadran dans le soutien à l’égard des hommes chargés de mener l’équipe fanion. En l’occurrence celui qu’il avait accordé à Dominique Arribagé, qui n’avait rien demandé.

Dès son apparition, Pascal Dupraz, a claironné sa vision de l’impossible exploit. Avec verve, panache, verbe haut, formule-choc. Avant de s’évanouir rapidement au travers d’un malaise cardiaque (comme Ali Rachedi, le directeur sportif qui a subi un infarctus un jour avant lui). Qui prouvait l’implication complète de l’homme à ses mots. À la vie, à la mort. Pour ressusciter le TFC.

Ce qui pouvait s’interpréter comme un signe de faiblesse s’est transformé comme un symbole de la renaissance. L’engagement total au point de risquer d’y laisser sa peau est devenu exemplaire. Pour tous les joueurs. Les jeunes, les moins jeunes, les vieux. Dans une discipline rétablie, une énergie retrouvée, une agressivité de bon aloi. À l’image de Dieupraz. Sans doute.

10 matches à disputer. 10 points à rattraper. L’exploit devait se greffer sur les victoires du TFC et la fébrilité des adversaires. Les deux se sont mariées dans un final ébouriffant. Le Tef l’a emporté contre le solide Angers. En marquant 3 buts à l’extérieur contre une des meilleures défenses de France. Après avoir été mené 2 fois. Après avoir raté un penalty et frustré par une barre revêche. En pressant haut pour conserver le score.

Quand un homme de cœur arrive à sublimer ses footballeurs, à valoriser leur talent au-delà de l’attente, à réveiller une région de rugby au football, qui considérait avec un brin de mépris la Ligue 1 comme un bien acquis définitivement. Il est un vrai et grand entraîneur. Au point de nous faire rêver à l’épopée de Leicester.

A l’ombre de Johan

L’étoile filante s’est finalement désintégrée. Après avoir illuminé notre ciel pendant des années. Cruyff nous a inspiré. Comme joueur. Par son brio, son talent, son culot, ses prises de risques. Par sa créativité, son dynamisme, ses qualités techniques et son pouvoir d’accélération phénoménal. Par sa personnalité. Immense. Par son refus du compromis et de la médiocrité. Par son panache et ses prises de position. Par son palmarès éclatant, auquel ne manque qu’une couronne, celle de champion du monde. Que je lui dédie à titre posthume. Après avoir rêvé le voir terrasser les teutons avec ses oranges ébouriffantes de panache et de générosité. En Allemagne. En 1974. Du football comme on l’aime encore des décennies plus tard.

J’ai rêvé l’affronter sur une pelouse. Une seule occasion s’est offerte à moi. Nos carrières suivaient des chemins parallèles à des altitudes différentes. Lui tutoyait la célébrité. Je n’avais réussi à m’attribuer moi-même qu’un sobriquet qui me flattait et que je n’évoquais que dans l’intimité de ma conscience. J’étais le Cruyff du pauvre. Avec les mêmes qualités que le maître. Un ton en dessous. Un match international entre les Pays-Bas et la Suisse devait ma permettre de croiser son chemin. Une blessure l’avait privé du rendez-vous. Pour ma plus grande frustration.

Nous aurions pu nous affronter en tant que coach. Nous avions la même sensibilité, les mêmes idées au sujet de la manière de faire évoluer les footballeurs dont nous avions la charge. Avec la volonté d’utiliser la technique et la vitesse, avec l’envie de l’offensive et du panache. Là encore, nous n’évoluions pas dans la même catégorie. Lui au sommet. Avec style et classe. Comme un symbole. Comme une étoile du berger qui donne la direction à mes envies. Comme une lumière qui guide ses admirateurs.

J’ai rencontré Johan une fois. Dans un bus. En Angleterre. Lors de l’Euro de 1996. J’ai réussi à lui clamer mon admiration sans borne pour l’ensemble de son œuvre et ma volonté d’en faire ma tête d’affiche du livre que j’ai consacré aux meilleurs entraîneurs du monde (les sorciers du foot). Il était, malheureusement pour moi, sans emploi à cette époque. Je n’avais pu réaliser ce vœu pieu. Cette révélation avait pourtant semblé illuminer son visage d’une fierté bienveillante.

La vie de Cruyff m’a toujours inspiré. Je n’ai aucune envie de le suivre dans sa nouvelle échappée. J’ai envie de profiter encore de nombreux moments de bonheur. Même sans football.

Biathlon vainqueur

Les hivers sans fin de ma jeunesse, dans les montagnes neuchâteloises, m’avaient prédisposé à porter une attention particulière aux sports de neige. A pratiquer le ski de pistes, bien sûr. A chausser mes patins et à porter la crosse pour jouer au hockey sur glace. A admirer les champions des mois de froidure à la télévision.

Mais jamais je n’aurais imaginé me prendre de passion pour le biathlon. Mon épouse Carmen m’a converti par ses commentaires positifs. Des athlètes dominateurs ont titillé ma curiosité. Leur palmarès immense a soutenu mon intérêt. Bjoerndalen ne cesse de m’émerveiller. Comme Poirée auparavant, un ton en dessous, mais avec l’avantage considérable, pour moi, de posséder un passeport français. Comme moi. Ce qui rapproche énormément. Surtout les jours de victoire. Je me découvre aujourd’hui un chauvinisme béat. Pour de voler au secours du succès. Comme d’autres avant, qui m’exaspéraient.

J’ai suivi avec régularité toutes les épreuves des Championnats du Monde d’Oslo. Et si j’ai bien compris que pour remporter la compétition, il est recommandé d’être un des meilleurs skieurs de fond, comme Martin Fourcade ou Marie Dorin Habert, par exemple. Mais ce talent ne suffit pas.

Les titres se gagnent aussi sur le stand de tir. Couché, puis debout. Sans trembler. Si possible. L’exercice est rendu encore plus difficile par la violence de l’effort préalable sur les skis. Il s’agit d’être calme et déterminé, carabine en main. Repousser les pensées négatives, pour réussir. Comme dans tous les sports.

Mais au biathlon, l’intensité dramatique s’exacerbe un peu plus à chaque balle tirée. Comme à la roulette russe. L’échec peut se payer cher. Sous forme de tour de pénalité, ou de temps perdu définitivement. A chaque passage devant les cibles, selon la réussite derrière le viseur, de nouveaux compétiteurs peuvent se voir éliminés de la course au bouquet du vainqueur.

Cette incertitude, qui pèse jusqu’à peu de temps avant l’arrivée, m’excite. Tout paraît possible. Comme à la loterie. Pourtant, seuls les plus forts l’emportent. Marie Dorin Habert et son joli minois se révèlent chercheuse de pépite. Martin Fourcade, aussi. Et quand il échoue dans sa quête d’or, il récolte l’argent.

Quels beaux champions français.

Platini, hors-jeu

Alors que Blatter, un jour après Platini (tous deux en vacances du pouvoir), répond de ses méfaits devant la commission de recours de la FIFA, il est possible d’affirmer que l’intrigant masqué (je ne crois pas à l’indépendance des magistrats de la Fédération Internationale) a parfaitement réussi son coup.

Les jeux sont faits. Même rétabli dans son honneur, Platini ne sera pas président de la Fifa. Il a décidé de renoncer à présenter sa candidature.

A qui profitera le forfait? Impossible de le prédire, puisque l’élection n’aura lieu que le 26 février. Mais une autre question s’impose. Qui donc a initié les problèmes du Nancéien? Michel le sait et le clame haut et fort: le méchant se nomme Blatter, président sortant. Nous n’en comprenons pas les raisons. Sepp Machiaviel est trop habile pour attaquer de front. Il est capable de placer des mines impersonnelles sans jamais revendiquer l’attentat. De se montrer d’une loyauté apparente sans borne en avouant le paiement de 1,8 millions de francs suisses pour la mission du numéro 10. Qui pose problème aujourd’hui.

Je ne serai pas le premier à jeter la pierre à Platini ni la dernière d’ailleurs. Moi aussi, dans ma carrière de football, j’ai travaillé sur la base d’accords verbaux. Et j’ai provisoirement (ou même  définitivement) renoncé à des paiements d’argents qui m’étaient dus pour des raisons de difficultés de trésorerie. Seuls choquent la somme et le moment du virement.

Au moment des faits, j’étais dans la boucle. Platini refusait d’habiter Zurich. Ce qui semblait rédhibitoire pour devenir un salarié de la FIFA. Au point que Walter Gagg, le bras droit de Blatter m’avait sollicité pour savoir si un poste de directeur technique pouvait m’intéresser. Ce qui m’excitait et me faisait rêver. Et que j’ai refusé pour la seule et bonne bonne raison que j’étais déjà sous contrat avec le Stade Malherbe Caen, alors en 2e division, comme manager général. Ce qui ne m’avait pas empêché de me rendre en Suisse pour évoquer la chose. Et de suggérer que Michel pouvait devenir conseiller du Président de la FIFA. Ce que personne ne pourrait empêcher. Je ne me doutais pas alors que la réalisation de cette idée aurait de telles implications financières et des conséquences sur l’histoire du football mondial.

Aujourd’hui, Michel doit renoncer à son ambition de devenir de numéro 1 mondial. Titre qui lui paraissait promis. Un tsunami de reproches (justifiés ou non) l’a plaqué sur une position défensive. Dont il ne pourra pas sortir de sitôt. Il ne peut aujourd’hui qu’espérer restaurer son honneur, bien malmené par la sanction violente et lourde (8 ans d’interdiction d’exercer une fonction officielle dans le football). Michel, rayonnait sur le terrain par sa technique et son sens du jeu. La dernière qualité l’a aidé à devenir un dirigeant incontournable. Avec ses combats pour un football équitable, sans dopage financier.

D’habiles politiciens l’ont mis hors-jeu. Je regretterai ses positions bien tranchées, même si je ne partageais pas unanimement ses ses décisions.

Le nouveau Stadium

Je n’ai pas attendu les feux d’artifice, ni les discours d’inauguration finaux. Cela ne m’empêche pas d’affirmer que la rénovation du Stadium de Toulouse est réussie, même si l’enceinte reste toujours aussi évasée. Et je comprends aujourd’hui la différence entre deux mots du football. Le « supporter » supporte. Le « spectateur » regarde, et crie sa désapprobation après. Il y avait donc bien 35 000 spectateurs  pour voir Toulouse FC affronter le PSG. Pauvre ambiance.

Et la partie presque soporifique est rassurante pour les deux équipes.

Le PSG, sans Di Maria, Verrati et Thiago Silva s’est imposé 1-0 sans forcer son talent. A l’image de Thiago Motta, le baromètre de l’équipe, qui avait décidé de jouer avec sa tête plutôt qu’avec son cœur, et qui en avait gardé sous le pied. Un match joué et remporté en jouant à 70% de son potentiel permet de conserver l’énergie qui sera très utile dans d’autre circonstances plus importantes. PSG a  vaincu. Sans jamais devoir accélérer. Et trois de ses défenseurs ont démontré un potentiel énorme. Aurier, Marquinhos et David Luis ont impressionné. Individuellement, par leur qualité athlétique et leur sens de l’anticipation. Collectivement, parce qu’ils ont su faire face à maintes infériorités numériques. Avec brio. Avec sang-froid. Et Trapp, dans une journée sans faute, peut faire gagner un match.

Toulouse a accompli une performance de qualité, indépendante de l’investissement minimal de l’adversaire. Qui laisse présumer d’un maintien probable en Ligue 1.

Arribagé, l’entraîneur fait preuve d’un état d’esprit positif. Même dans la difficulté. Il introduit des jeunes qui dynamisent l’équipe, qui lui redonnent de la fraîcheur et de l’envie. Il est capable de changer de dispositif tactique pour gêner le contradicteur comme contre le PSG en passant à un 5-4-1. Lafont, à 17 ans, rassure dans les buts. Comme Diop, 19 ans, hyper puissant, dans l’axe. Tisserand dans l’axe amène de la maîtrise. Doumbia et Akpa Akpro travaillent beaucoup grâce à de belles capacité athlétiques dans un milieu de terrain très fourni. Trejo, très actif, distille des actions de talent en direction du but adverse. Braithwaite, endurant, rapide, très joueur, a presque tout réussi dans ses prises de risque et a étonné par la justesse de son jeu.

Ben Yedder, volontaire et très en jambe, avec un grand sens du but et beaucoup de qualité technique, est capable de marquer à tout moment.

Manquait Machach contre les parisiens, 20 ans, très complet, qui peut valoriser le 11 violet.

Le TFC va se maintenir en Ligue. Moi, j’y crois.

Sans Benzema ?

Ses parents n’ont pas manqué de lui inculquer de bons principes pour affronter l’existence. La cour de récréation, les couloirs d’escalier, la cité, lui ont appris d‘autres règles de vie. La loi du plus fort. Celle que les dirigeants qui le gouvernent aujourd’hui ont intégrée avec beaucoup plus de finesse que lui. Qui parfois même sont prêts à trahir pour parvenir à leur fin. Leurs alliés. Leurs amis. Karim n’est pas de ceux-là. L’amitié est sacrée. Promis. Craché. Juré. Quoi qu’il arrive. Même si son meilleur pote Karim Benzati est passé par la case prison.

L’occasion était trop belle de donner un coup de pouce à son proche. En prévenant amicalement Mathieu Valbuena d’une menace qui planait dans l’air au sujet d’ébats qui devaient rester intimes. Je ne parviens pas à croire que Benzema avait l’intention de faire chanter son coéquipier de l’équipe pour en tirer un profit personnel. Je félicite Valbuena de son obstination de refuser de bourse délier. Je regrette les proportions prises par un problème privé qui assombrit l’avenir du onze de France.

Karim Benzema a toujours provoqué deux sentiments contradictoires en moi. J’ai beaucoup d’admiration pour son talent de footballeur, son altruisme extrême pour un buteur, sa recherche du geste juste, sa complicité exacerbée du jeu avec le partenaire (par manque de dribble ravageur ?). Son manque de joie apparente sur un terrain m’a invariablement choqué depuis que je l’ai vu perdre la finale de Gambardella contre Strasbourg. Il semble s’ennuyer sur le gazon. Ce qui me paraît impossible, invraisemblable. Et probablement une mauvaise interprétation.

Valbuena me plait bien depuis qu’il tombe moins souvent pour simuler la faute. Il est droit dans ses bottes, fier, combatif. Champion dans l’âme. Dommage qu’il démontre tant de négligence dans sa vie personnelle. Au point de laisser trainer son smartphone et de se voir subtiliser sa sextape imprudemment stockée. Qui aura fait parler, écrire, à défaut de faire chanter.

Didier Deschamps, le sélectionneur pèse ses mots. Pour ne pas perdre définitivement ses joueurs. Pour conserver son autorité et la discipline du groupe. Parce qu’il croit en Martial et Coman, les futurs grands, sans leur faire une confiance aveugle. Parce qu’il n’est pas encore obligé de trancher.

Benzema ne comprend pas. Qu’on puisse s’acharner pour le démasquer. Alors que pendant des années, il pouvait presque tout se permettre. Qu’on lui passait presque tout. Parce qu’il était efficace, brillant, connu, puissant et riche. Pourquoi ces embrouilles avec la justice aujourd’hui? Comme Michel Platini, Sebastian Coe, Nicolas Sarkozy. Et bien d’autres qui n’étaient pas traités comme le commun des mortels, avant d’être poursuivis par les ennuis.

Le calme de Xavier

Arrive la zone d’inconfort. Une série d’insuccès s’enclenche (3 défaites de rang). L’euphorie s’évanouit. Les rêves s’éteignent. Ne reste que la réalité. Et les premiers objectifs ressurgissent. Sans plaisir. La nervosité s’insinue. Mais aujourd’hui, le calme subsiste. Définitivement ?

C’est dans ces moments-là que j’attends Xavier Gravelaine. Qui a, à maintes reprises, provoqué des embellies lors de ses passages, mais qui souvent s’est rembruni, agacé, irrité, crispé, exaspéré au fil des périodes de disette. Pour lui. Pour son équipe. Manager général à l’heure actuelle, il paraît parfaitement maîtriser ses nerfs, qui semblent ne plus jamais être à vif, à fleur de peau ou se mettre en boule. Comme l’année dernière, pendant la suspension injuste de son Président.

Dans ma tête, c’était 17 fois. Wikipédia m’apprend qu’en fait, il a changé 18 fois de clubs (Nantes, Pau, Saint-Seurin, Laval, Caen [2x], PSG [2x], Strasbourg, Guingamp, OM, Montpellier, Watford, Le Havre, Monaco, Ajaccio, Istres et Sion). Ce qui dénote une instabilité certaine et une longue carrière. Avec un amour immodéré pour le jeu. Pendant 493 matches de compétition pour 158 buts marqués. Et je sais, après vérification, avoir été le seul entraîneur à l’avoir supporté (dans tous les sens du terme) pendant deux saisons de suite. Ce qui m’incite à m’interroger à son propos. Et encore plus au sujet de mon management en particulier.

Pourquoi Xavier a-t-il à si maintes reprises été rejeté par ses coaches ? Ou, pourquoi a-t-il si souvent cherché son bonheur ailleurs ? Pourquoi n’avons nous pas subi de conflit majeur à Caen ?

Je me souviens de l’impression favorable qu’il m’avait laissée lors d’un match amical entre Caen et Laval. Il semblait avoir la capacité à échapper à la vigilance adverse, à faire peser un danger à chaque touche de balle.

À son arrivée en Normandie, il voulait jouer 10. À cette position, il déséquilibrait notre organisation défensive. Par manque de rigueur. Par intermittence. Par négligence. Par idéal ? Par insuffisance d’endurance naturelle. J’en ai fait un attaquant. Pour notre très grande satisfaction. Sa technique, sa conduite du cuir, son adresse, son côté imprévisible (une partie de son caractère), son sens du jeu, du contre-pied et du but, sa créativité m’enthousiasmaient. Et m’aidaient à fermer les yeux lors de ses sautes d’humeur. Parce que dans mon for intérieur, je donnais raison à son génie, à son interprétation des arcanes du jeu, parfois incompréhensible pour ses partenaires. Je le soutenais sur le fond. Pas dans la forme de l’expression de son courroux. Certains pensent que sa carrière internationale aurait pu se révéler plus prolifique avec un meilleur caractère. Je crois surtout qu’une plus grande vitesse de course aurait fait oublier ses travers.

Dans ses nouvelles fonctions, Xavier démontre le même talent. Il a foi dans le jeu. Il donne crédit à la technique, au brio, au don, à la virtuosité. Pour de belles découvertes. Je suis avec excitation l’évolution de Jeff Louis au SMC. Lui qui m’avait charmé au Mans. Par ses bons côtés.

Allez Malherbe ! Merci Xavier.

Magie noire

L’exploit sportif parvient à nous émerveiller. De façon récurrente. La Coupe du Monde de rugby à XV m’a particulièrement intéressé. Par le panache des vainqueurs néo-zélandais. Mais pas seulement. J’ai aimé la victoire du jeu ouvert et spectaculaire, mais aussi plein de matches vivants.

Le sport collectif s’abreuve de trois vertus. L’état d’esprit, l’organisation de jeu et la condition physique. Qui s’imbriquent l’un dans l’autre. Une forme athlétique éclatante ne sera valorisée que dans un groupe bien en place, sans trou dans son placement. L’esprit de solidarité qui anime les membres d’une troupe ne récoltera des résultats positifs qu’en ne flanchant jamais dans les derniers moments.

Philippe Saint-André, mentor du 15 de France, avait tout juste sur les basiques du sport d’équipe. Le XV du coq avait la force, la puissance, l’endurance pour résister pendant toute la durée du combat. Il était remarquablement placé défensivement et son courage frôlait l’héroïsme. Il avait oublié le jeu. Fait de technique, de créativité, d’initiative, d’automatisme, d’improvisation et de talent balle en main.

Les All Black avaient tout dans leur arsenal. L’audace, la bravoure, le cœur, le cran, la hardiesse, le mépris du danger, la témérité, une vaillance hors norme dans les duels défensifs et offensifs. D’accord. La discipline de même. Le respect des règles de jeu. Du schéma tactique. De l’adversaire. Aussi. Mais plus que d’autres, ils ont réussi à marier force et vitesse, jeu collectif et exploit individuel, routine et inspiration. Quatre actions symboliques s’imposent à moi. Qui glorifient le pouvoir enchanteur de la magie noire.

Savea explose 3 tricolores venus le plaquer avant de marquer un essai. Nonu s’extirpe de la masse pour placer une accélération suivie de changements d’appui dévastateurs avant de poser l’ovale derrière la ligne. Carter réussit un drop de quarante mètres, sans élan contre l’Australie. Et ouvre commune pour le premier essai en finale. Où l’inspiration individuelle se met au service du collectif.

Les All Blacks ont réussi le mariage du talent et de la rigueur, du cerveau et du cœur, du pied et des mains, de la fantaisie et de la discipline. Qui pour une fois ne sont pas contradictoires, mais complémentaires.

La persévérance d’Olivier

Dans une carrière de football, certaines images ne s’oublient jamais. Celles d’Olivier Pickeu à l’occasion du premier entraînement du Stade Malherbe Caen à Tignes me restent en mémoire. Je découvrais un groupe lors de petits matches en salle. Olivier avait éclaboussé la séance de tous ses buts. Il était adroit face à la cage, robuste et courageux. J’avais trouvé mon avant-centre. Un Papin. Je n’ai jamais réussi à en faire un titulaire indiscutable. Je me demande encore pourquoi. Une course trop rectiligne ? Peu d’aisance dans le jeu dos au but ? Qui ne l’ont pas empêché de marquer 2 goals, douloureux pour moi, contre Caen, lors du premier match depuis son départ du SMC, avec Montpellier.

Je l’ai retrouvé plus tard, en fin de sa brillante carrière de buteur de D2. Son propos, ses analyses, son charisme m’ont impressionné. Je l’ai côtoyé à plusieurs reprises alors qu’il était devenu manager général d’Angers. Il allait droit au but, comme le joueur qu’il était. Direct. Correct. Poli. Pragmatique. Vrai. Travailleur. Sans folie. Fidèle en amitié. Il soutenait le contesté Président Willy Bernard sans rechigner, avec une reconnaissance sans faille. Comme il doit le faire avec le discret, humble et pourtant charismatique Saïd Chabane, président du SCO. Avec une communication simple et efficace. En influençant fortement la politique sportive. Réaliste. Humaine. Visionnaire. Et peu dispendieuse. Celle qu’il aurait voulu qu’on tente avec lui, footballeur?

Le parcours des joueurs de l’équipe qui étonnent la France, ressemble à celui d’Olivier. Quelques échecs avant la réussite. Ou une ascension lente, dans les divisions inférieures. Avec une unité solide et solidaire. Dans les bons moments. Dans les mauvais. Ce qui fascine encore plus. La stabilité s’affiche en maître mot à Maine et Loire. Olivier Pickeu en est le garant.

Après 11 journées de championnat, au niveau de la deuxième et troisième place, le classement de Ligue 1 est tombé sur la tête. Le SCO Angers et le Stade Malherbe Caen surprennent, étonnent. Avec leur budget, ils devraient accompagner le Gazelec Ajaccio et Troyes dans leur lutte pour le maintien. Pourtant après un peu plus d’un quart de compétition ils ont déjà obtenus la moitié des points nécessaires à la réalisation de leur objectif. Rester en Ligue 1.

Amical

Pendant une trêve internationale, alors que les internationaux s’affrontent dans un engagement féroce, les joueurs restés dans leur club se mesurent lors de rencontres amicales. Pour travailler des automatismes, pour conserver le rythme, pour donner du temps de jeu à ceux qui en sont le plus dépourvus. Dans tous les sports collectifs.

Pendant que l’équipe de France de football se montrait convaincante contre l’Arménie, puis réussissait un début tonitruant contre le Danemark, alors que l’équipe nationale de volleyball terrassait les 6 Italiens au terme d’un cinquième set échevelé et que les rugbymen se faisaient finalement concasser malgré leur vaillance hors-norme, je suis allé voir le SC Albi (club de Pro 2) se confronter au Stade Toulousain. En rugby. Et qui par bien des aspects, me rappelait le ballon rond. Comme joueur, entraîneur ou dirigeant.

Un public nombreux, bon enfant et peu supporter, attendait le plus beau palmarès de balle ovale au monde qui présentait quelques professionnels de grand renom. Bien sûr, dans la tête de la majorité des présents, acteurs comme spectateurs, le résultat était convenu. Et confirmé par le début du match. Le Stade Toulousain dominait. Sans forcer. Comme à l’entraînement. Albi s’accrochait. Avec vigueur, courage, détermination. Avec culot. Au point de provoquer des pénalités chez les rouges et noirs, pas toutes converties (5 tirs tentés pour 3 réussites et 9 points à 0 à la mi-temps). Toulouse explorait le jeu et les grands espaces. Albi le combat et le score. Au fil des minutes, imperceptiblement, l’ascendant psychologique changeait de camp.

Le Stade jouait les pénalités à la main. Systématiquement. Sans succès. Par consigne, thème de travail ou négligence ? Par suffisance ? En croyant qu’un simple coup d’accélérateur réglerait l’affaire ? Puis commençait à s’énerver, à chercher la bagarre, à récolter des cartons jaunes (2). Le match avait basculé au profit des Tarnais. Définitivement. Le résultat final 19-14 en faveur des jaune et noir reflétait bien la rencontre, malgré deux essais haut-garonnais, dont un à la dernière seconde.

Une fois de plus, en rugby comme dans tous les sports, la victoire offrait la même leçon au plus fort. Sans un investissement absolu, sans une mobilisation extrême, sans une concentration optimale, sans une agressivité sans réserve, sans une envie totale de vaincre, le revers devient possible, voire probable.