Coup de mou

Il paraissait maîtriser tous les paramètres de son métier, « Super One », et depuis le début de saison Chelsea cahote, brinquebale, tressaute, se grippe. Son ambition, sa volonté implacable, sa combativité, sa confiance en lui et dans son équipe, son pragmatisme froid allié à une intelligence aigüe, son sens tactique, sa communication quelques fois agressive, osée, habituellement habile et parfois drôle, son management loué par ses joueurs ne suffisent plus. Les blues perdent. Souvent. Trop souvent par rapport à leur niveau. En regard de leur dernière saison en Premier League.  Après 8 journées de championnat, le club londonien a déjà été défait une fois de plus que l’an dernier (4 contre 3) et encaissé plus de la moitié  des buts (17 contre 32).

Et personne ne semble comprendre pourquoi. José Mourinho non plus. Ce qui me rappelle quelques souvenirs. Une équipe se conduit comme une voiture. Accélération, coup de frein, changement de vitesse, nouvelle sollicitation des gazes. Sans jamais céder la maîtrise. En conservant les 4 roues sur la route. Autant que possible. En adaptant sa vélocité aux capacités de l’automobile et à l’état de la chaussée. Ce qui ma foi est très excitant quand on réussit à rouler à forte allure. Et que l’on dépasse les concurrents.

Malheureusement, parfois, l’équipe ne réagit pas aux impulsions données comme on l’aurait pensé, prévu, imaginé. Plus de freins ni d’accélérateur, vitesses bloquées. Panne qu’il faut réparer. Changer des pièces ? Revoir la stratégie de jeu ? Chambouler l’organisation et le placement des protégés ? Continuer sans rien toucher ? Hausser le ton ? Ou rassurer ? Écouter les conseilleurs ? Ou les joueurs, encore plus ? Faire confiance ? Moduler son management ? Les points d’interrogation s’accumulent . D’où vient le problème ? Quand est-il apparu ? Quelle est la cause du dysfonctionnement ?

En ce qui concerne Mourinho, sa collaboration avec Abrahamovic va-t-elle poursuivre ? Le mal, le doute sont-ils irrémédiables ? José, qui n’est jamais resté plus de 3 ans dans un club s’use-t-il ? Ou émousse-t-il ses joueurs ? Exige-t-il trop de ses footballeurs ? Au point de les laisser sans énergie ? Va-t-il retrouver le fil du succès ? Pour le titre, il est déjà trop tard. Serait-il soulagé d’être relevé de ses fonctions ? N’est pas Wenger qui veut.

D’autres coaches s’en sont aperçus. Favre, qui a fait grimper Moenchengladbach de la dernière place à une qualification en Ligue des Champions en 3 saisons, a démissionné après 5 matches et 5 défaites. Courbis, de Montpellier, sa gouaille, ses paroles imagées, son sens du football, végète en fin de classement avec 4 points en 9 rencontres. Rodgers, qui semblait pouvoir redonner sa fierté à Liverpool dans un style spectaculaire, vient d’être licencié.

N’est pas Wenger qui veut.

Deuil national

Lecteur assidu de l’Équipe, je constate que rarement la première page évoque un événement de portée internationale qui ne concerne pas la France ou un Français. C’était le cas samedi. Pour annoncer le défi périlleux du 15 à la rose contre l’Australie, les rugbymen anglais, revêtus de leurs survêtements frappés du mot « England » s’avançaient au-devant d’une flamme. BRÛLANT.

Bien sûr j’ai admiré le combat singulier des « rosbifs » contre les « wallabies ». Comme j’avais vu leurs déboires contre le pays de Galles. Avec délectation, impatience, inquiétude, nervosité et tension. Comme on regarde un match à enjeu. En prenant parti. Contre le pays inventeur de tous les sports extraordinaires qui nous font vibrer, encore et encore. Sans raison bien déterminée, je l’avoue honteusement.

Après un « God save the Queen » d’anthologie chanté par Twickenham, à offrir des frissons (ils sont merveilleux ces angliches) la partie commence dans une ambiance indescriptible. Par deux erreurs grossières des locaux en 3 minutes. Qui font basculer la rencontre dans le mauvais sens. Qui démontre l’effet dévastateur d’une pression populaire imparfaitement domptée. Qui annonce les prémices d’un revers.

Un coup de pied mal maitrisé qui renvoie au point de départ, c’est à dire près de son en-but, puis une faute de jugement et un pied sur la ligne à la suite d’un dégagement adverse qui donne la touche à l’adversaire, pas loin de ses poteaux.

L’Australie marque. Pénalités. Essais. L’Angleterre, malgré son courage, sa volonté et son impact physique, paraît impuissante.

Un brillant essai de Watson à la 56e et une pénalité réussie de Farrel à la 65e relancent le suspens. 13 à 20. À portée d’un essai transformé. Nouvelle incertitude. De celles qui font passer de belles soirées. Pendant 6 minutes. Avant la sortie de Farrel, impeccable au pied, pour un carton jaune suite à une charge illicite. Restent 9 minutes. Interminables. 13-33.

Pour la première fois de son histoire, l’Angleterre est éliminée d’une Coupe du monde avant la phase finale. Humiliation supplémentaire, c’est la première fois dans l’histoire de la compétition que le pays organisateur est éliminé à l’issue de la phase de poules.

Soir cauchemardesque. Mais le plus dur commence. Pour le sélectionneur Stuart Lancaster : « Nous sommes dévastés » et pour son capitaine Chris Robshaw : « Nous avons l’impression d’avoir laissé tomber le pays ». Qui seront marqué à vie. Au fer rouge. Excommuniés. Rejetés. Lynchés. Guillotinés. Le peuple, la nation ont besoin de boucs émissaires. Ils sont déjà trouvés.

Séjour nord-américain

J’étais à New York lors des matchs d’ouverture de l’US Open de tennis. J’étais à Boston pendant les premières parties de golf du Deutsche Bank Championship du PGA Tour avec la présence de la majorité des meilleurs joueurs du globe qui verra Jordan Spieth, numéro 1 mondial, rater le cut et Fowler l’emporter devant Stenson. J’étais à Québec au moment du Grand Prix cycliste de Québec remporté par Uran. Mais je n’ai assisté à aucun de ces événements majeurs. J’étais en Amérique du Nord pour conjuguer vacances avec découverte, musées, culture, vie quotidienne des autochtones, gastronomie et grands espaces.
Au retour de long périples de marches, je ne me suis pourtant pas privé de regarder la télévision et le sport en particulier. Pour constater, avec une légère tristesse au coin de l’œil que les tennismen locaux étaient privilégiés en temps d’antenne, au détriment de débats plus excitants. Et que si vous vouliez zapper le chauvinisme 50 étoiles vous tombiez immanquablement sur du baseball ou du football américain. Qui ne sont pas (encore ?) ma tasse de thé. Peu ou pas de soccer, même pendant les matchs internationaux.
Au Québec, sur la chaîne RDS, j’ai suivi l’US Open, commenté par une consultante féminine, même pour les parties masculines. Avec un rythme de parole plutôt lent, calme, sans accent québécois trop prononcé, bourré d’expressions locales, souvent traduites de l’anglais*. (J’ai eu du mal à comprendre que le bris était un break et qu’un joueur breaké était brisé). Cela m’a bien fait sourire, puis petit à petit, transporté de satisfaction. Le mot d’Hélène Pelletier, 12 fois championne du Canada et entraîneuse (entre autre) est précis, imagé et instructif. Il précède l’action, explique, dissèque d’un ton bienveillant. Il évite la critique et la leçon, piège dans lequel tombe presque tous les ex-champions. Il réussit même à couvrir d’éloge l’échec d’un coup, parce que, stratégiquement, en tenant compte des caractéristiques de chaque joueurs et du scénario de la rencontre et du score, la tentative s’était révélée la plus adaptée.

Je retrouverai avec plaisir Guy Forget et Jean-Paul Loth au commentaire en France, mais l’état d’esprit positif et bourré d’information d’Hélène Pelletier me manquera.

* En golf, le green devient le vers et le putter, le fer plat.

Suisse Legends ou l’art de savoir perdre

Andy Egli, ex-international charismatique qui anime et organise les matches des ex-internationaux helvétiques l’a révélé après notre dernière partie : les Suisse Legends ont disputé 52 rencontres. C’est la seule statistique qu’il concède. Et c’est mieux ainsi.

À Ulrichen, contre une sélection FIFA, je dirigeais ce team depuis le banc de touche pour la quatrième fois. Et j’y ai pris plaisir. Enfin.

Joie des retrouvailles. Bonheur de faire ressurgir une certaine nostalgie chez les spectateurs. Attitude positive en permanence. Et oubli du score, découvert lors du verre de l’amitié, pour une défaite 9 à 5. Contre une équipe beaucoup plus jeune. D’au moins 15 ans de moyenne d’âge dans ce cas.

Les deux dernières fois contre des clubs et des joueurs de niveau inférieur dans la pleine force de l’âge, je n’avais pas aimé l’exercice. Coach professionnel, j’avais toujours tenté de modeler l’équipe la plus forte possible. Là, il s’agissait d’aligner la moins mauvaise imaginable, pour faire évoluer tous les présents, les moins vieux comme les plus âgés.

Dans le haut Valais, j’ai admiré Karl Engel, 63 ans, encore capable de plonger. Et de se relever après. Sans dégâts. J’ai apprécié les interceptions d’Egli, 57 ans, en défense centrale, puis celle de Wehrli, 59 ans qui l’a remplacé dans cette partie jouée à 8 contre 8. Latéral droit, Lubamba, 39 ans, a bien pris un peu d’embonpoint, comme Yvan Quentin, 45 ans, à gauche, mais ils conservent une certaine tonicité. Comme Ohrel, 47 ans, en 6, encore très mobile, malgré son surpoids. Et qui distille de belles passes. Je suis fier d’avoir sorti Mario Cataluppi, 41 ans, toujours en jambe, offensif, buteur lors de 10 dernières minutes, au profit de Didi Andrey, 64 ans, qui a eu le temps de tenter et de réussir une biscouette ébouriffante sans se blesser. J’ai aimé Rama, 39 ans, qui marque avec régularité. J’ai jubilé en voyant marquer Stéphane Chapuisat, 46 ans, un but de classe, tout en finesse et légèreté, avec un contrôle subtil, suivi d’une feinte avant un petit pont et un tir victorieux. Du grand art.

J’ai adoré le weekend, les paysages et les villages de la vallée de Conches, le tournoi de golf joué en scramble et les visites aux amis, en passant. Je réussis enfin à perdre avec le sourire. Quel privilège.

L’individualisme de Thauvin

Le transfert de Thauvin semble ravir tout le monde… Même si nous lisons plus de commentaires de la presse que de déclarations des intéressés. Le nouveau club, Newcastle, est ravi d’avoir payé 17 millions d’euros pour un footballeur de grand talent. L’Olympique de Marseille s’enorgueillit d’avoir réalisé une plus value de 5 millions d’euros pour un joueur difficile à gérer et Florian Thauvin se réjouit de découvrir le championnat le mieux doté du monde et d’arrondir son compte en banque.

Au premier coup d’œil, avec Bastia, il m’avait emballé. J’ai toute de suite aimé sa conduite de balle, son dribble, sa vitesse de course, sa percussion. Son tir du pied gauche. Son culot monstre. Son côté imprévisible indispensable à un attaquant, défaut que je ne supporte pas chez un défenseur. Et des statistiques intéressantes, devant le but, surtout. Pour scorer. Bien sûr, son individualisme parfois forcené m’irritait fortement. Mais j’ai toujours pensé qu’un entraîneur était aussi engagé pour faire progresser un joueur en l’aidant à gommer quelques uns de ses travers, en lui parlant, en le faisant travailler spécifiquement. Et que le temps, souvent, permettait l’assimilation de concepts plus collectifs.

Je ne me suis jamais appuyé sur des préceptes définitifs, mais que j’ai quand même quelques principes de base auxquels je suis attaché et le départ de Thauvin à l’OM a provoqué en moi un gros malaise. Le respect de sa parole et de sa signature me paraissent constituer une des fondations d’une société civilisée. Et pour réaliser son rêve, Florian  a bafoué son engagement avec le LOSC.

En tant que responsable du recrutement, les qualités de footballeur de Thauvin m’auraient attiré. Son comportement d’homme m’aurait fait hésiter. Une personne qui s’engage par sa signature et la renie aussi rapidement est difficile à diriger. Son individualisme perturbe toujours son intégration à un groupe, à une équipe.  L’OM s’en est aperçu et semble ravi de s’en être débarrasser.

Du foot, enfin.

J’ai apprécié l’été. Le tour de France à la télévision. Les tournois de golf. La natation. Manaudou. Lacourt. Les victoires que je peux accaparer. Les apéros-concerts dans les vignes. La convivialité des soirs de canicule. Les fêtes de village. La musique au grand air. Soirée opérette. Opéra. Jazz ou rock. Cette récente vie qui s’ouvre à moi. Ces découvertes. La cueillette des tomates et des pommes de terre.

Mais j’étais présent devant mon écran pour le premier match de Ligue 1. Et j’ai aimé. Le nouveau Paris Saint-Germain. Et son style plus profond. J’ai rêvé et œuvré pour réaliser un football Guardiola. Un foot Blanc. Un foot de maîtrise technique et d’intelligence. Un jeu de conservation à 750 passes par rencontre, ennuyeux à mourir. Heureusement. Le plus grand club français actuel quitte ce modèle. Et me plait.

J’ai aimé la défense. Et oui. Le nouveau gardien, Trapp, qui supplée le très bon Sirigu. Aurier, athlétique, actif. Un roc. Thiago Silva, qui retrouve son niveau, ses jambes, sa tête, son cœur. David Luiz, robuste, combatif, qui avance et anticipe. Convaincant. Aussi pour moi. Maxwell, solide, précis, concentré. Pour un quatuor complémentaire et impressionnant, même sans Marquinhos, mon chouchou. Au milieu, Verrati, définitivement ébouriffant. Matuidi, encore plus puissant. Et Thiago Motta, souverain. Qui par sa justesse, déclasse Rabiot, expulsé. J’adore le génie de Pastore dans la passe. L’activité incessante et la générosité de Cavani. La percussion de Lucas. Et l’entrée en jeu explosive d’Augustin, remarquable de culot.

Un PSG au style plus prodigue et plus direct séduit. Contre un LOSC dans un registre équivalent. Et avec le même problème insoluble (?) qu’Arsenal vu le lendemain. Peut-on jouer haut, loin de son but avec Civelli ou Mertesacker sans se mettre en trop grand danger dans la profondeur.

J’adore le football. Et l’imprévu. J’ai été servi ce week-end. Revers de Bordeaux à domicile contre Reims, de Saint-Etienne à Toulouse. Défaite d’Arsenal à l’Emirates Stadium. Nul de Chelsea à Stamford Bridge.

Et démission de Bielsa à l’OM. Un coup de tonnerre dans un ciel apparemment serein. Imprédictible. Fou comme « loco ». Se pose déjà la question de son remplacement. Antonetti ? Pas mal. Girard ? Trop convenu. Prandelli ? Séduisant. Hiddinck ? Vieillissant.

J’attends Klopp. Chaud. Bouillant comme le stade Vélodrome.

La moulinette de Froome

J’enfourche ma bicyclette de course avec une régularité très aléatoire. Qui ne fait pas de moi un spécialiste. Mais qui n’empêche pas de m’interroger sur l’efficacité de mon coup de pédale. Prouvée par mon Garmin, le petit ordinateur GPS, qui crache de nombreuses données à l’arrivée. Même si je n’ai jamais dépassé les 3500 kilomètres dans l’année, j’ai souvent essayé de trouver la bonne cadence de pédalage pour un maximum de rendement.

J’ai découvert le vélo dans les années 70 pour une longue rééducation, au moment où il m’était encore interdit de poser le pied à terre sans béquille. Pour donner du piment au moment, j’ai tenté la compétition dans la catégorie débutant. J’ai éprouvé la souffrance. J’ai repéré les boîtes de pharmacie. J’ai adoré la bagarre. J’ai entrevu la stratégie. J’ai ressenti la lassitude en fin de course provoquée par le trop grand braquet et l’affolement des battements de mon cœur quand je moulinais.

La fréquence de pédalage de Christopher Froome intrigue et parfois le fait rebondir sur la selle (c’est ce que je ressens quand je tourne mes jambes trop vite). Sa vitesse de pédalage hallucine. Semble irréelle, improbable, peu évidente. Surnaturelle. Surtout lorsqu’il lâche tous ses adversaires et s’envole comme dans la montée de la Pierre Saint-Martin. Moins quand il perd plus d’une minute sur Quintana à l’arrivée de l’Alpe d’Huez. Elle défriche de nouvelles options, fruit d’une créativité scientifique. Même si nous avons peur d’être floués par excès de naïveté. Car l’équation de la performance, traquée dans toutes les activités physiques, est relativement simple pour expliquer la vitesse d’une bicyclette. Diamètre de la roue x nombres de tours à la minute (par exemple) = allure. Et la cylindrée du moteur permet d’emmener cette puissance pendant plus ou moins longtemps.

La démarche de l’équipe Sky et de ses coureurs présente à mes yeux des axes nouveaux. Un sport encore plus collectif, moins improvisé. La recherche d’un poids minimum du cycliste pour maximiser la VO2 maximum qui se calcule par kilo, indispensable dans les cols. Et l’exacerbation de la rapidité de la fréquence du tour de pédale. Qui deviennent incontournables. Fini les braquets géants des Mercks et Hinaut pour gagner le Tour. Terminé les grammes dont on se débarrasse au fil des étapes.

Le cyclisme change d’ère. Les « Sky » l’obligent à évoluer. Je rêve que l’amélioration s’engage vers une éthique irréprochable. Et définitive.

Les souvenirs de Marcelin

Le repas de retrouvailles avait été bien arrosé. Sauf pour lui. Il ne boit toujours pas d’alcool. Sa fille Christelle était passée faire un bisou. Et s’était remémorée la visite qu’elle m’avait faite, gamine, avec son père et son frère, sur mon lit de douleur, à l’hôpital de Bordeaux, en 1977. En voiture. Depuis le Jura suisse. Pour me soutenir et m’encourager.

Marcelin brûlait d’impatience de me montrer des documents qu’il avait conservés et d’autres images plus personnelles. Dont un livre de photos superbe relatant des vacances en Corse. Avec femme, enfants et beaux-enfants. Et surtout, petits-enfants. La fierté du grand-père.

Il sort l’album du football suisse (une sorte de Panini) de la saison de 1967-68. Avec son portrait sous les couleurs du FC La Chaux-de-Fonds. M. Voisard. 1946. Et un commentaire en allemand et en italien, comme il se doit en Suisse : « Arrière. Joueur habile et mobile. Bonne condition physique ». Qui avait joué en équipe suisse junior avec mon frère Pierre-Antoine, et que je connaissais déjà un peu avant de devenir son partenaire. Et aussi : D. Jeandupeux. 1949. Avant. Jeune talentueux dont on reparlera certainement encore.

Il exhume le « Miroir du football » du 23 octobre 1975 qui relate l’arrivée d’un artiste suisse à Bordeaux et une coupure de journal du mardi 27 mai 1980 qui explique la victoire de Sion dont j’étais l’entraîneur. Et qui avait remporté la finale de coupe suisse.

Mais surtout, il s’arrête sur une photo, qui le montre au premier plan, à table, dans l’ultime équipe glorieuse du FC La Chaux-de-Fonds, qui vient de gagner le dernier de ses 3 titres de Champion suisse en 1964. Je reconnais les idoles de ma jeunesse, Kiki Antenen, Cocolet Morand, Marcel Mauron, et Heinz Bertschi entre autres, avec qui je n’ai malheureusement jamais eu le privilège de jouer. Et au fond Henri Skiba l’entraîneur français.

Le cliché, en noir et blanc, est pris dans un hôtel peu luxueux de la région stéphanoise. Le 9 septembre 1964. Au moment de la collation d’avant-match avant la partie de ligue des champions contre l’AS Saint-Etienne qui se terminera 2-2 (des gradins, sous une pluie battante, j’ai vécu la victoire 2-1 et la qualification des « meuqueux » au retour). Lors de cet avant-match, les footballeurs chaux-de-fonniers paraissent concentrés, sereins, avec un léger sourire qui s’adresse au photographe. Mais l’information essentielle provient des commentaires de Marcelin :  « Pour le déplacement des montagnes neuchâteloises dans le Forez, nous avons voyagé dans des voitures privées… La prime de 1100 francs payée pour l’exploit a représenté la plus grosse que j’ai eu l’occasion de gagner au cours de toute ma carrière. J’étais amateur, et au début de l’aventure, pour me rendre aux 3 entraînements hebdomadaires, je mettais une heure à l’aller et une au retour. »

Autres temps, autres mœurs. Les temps ont bien changé. Et changé en bien.

Bob Dylan à Albi

Incroyable. Il allait venir chanter à quelques kilomètres de mes plants de tomates. J’avais l’image floue d’une icône, d’un chanteur en désaccord avec son environnement, qui amorçait un combat poétique pour changer le monde. Mais n’étant pas un admirateur inconditionnel ni un homme très branché en musique, j’ai constaté qu’aucune mélodie de Bob ne sortait de ma mémoire. Une rapide recherche sur internet m’a rassuré. Je serais capable de fredonner Mr Tamburine man ou Blowin’ in the wind, au cas où.

Il est apparu discrètement sur la scène, sans gros plan sur les écrans géants qui jouxtait les planches. Sans bonjour. J’ai aperçu son chapeau, un plus large que celui de Maurice Chevalier (excusez l’antique référence). J’ai deviné son visage et perçu son pas hésitant. Sa voix nasillarde autrefois est devenue éraillée aujourd’hui. Son anglais continue de dépasser les limites de ma compréhension. Subsiste la musique. Le poète maîtrise toujours aussi bien l’harmonica qui nous avait jadis tant séduit et étonné. Et le piano. Pour rester plus longtemps assis et oublier ses 74 ans. Pour accompagner, à la perfection, son groupe de musiciens. Pour rythmer la mélodie. Pour mêler le folk, la country et le rock. Sans se lasser pendant une heure et demie. Comme un grand professionnel. Sans fautes. Sans émotion.

L’homme aux 750 chansons a choisi de nous livrer sa sélection de rengaines. Nostalgique, j’attendais quelques hits des années 60. Pour me rajeunir. Pour me souvenir de ma vie d’étudiant, pour me remémorer les illusions et les utopies de mes vingt ans, pour me rappeler par procuration mai 68 et le vent de déraison qui volait alors. Bob n’en a fait qu’à sa tête d’artiste. Il nous a offert ses nouvelles (?) créations des années 2000 (?). Harmonieuses, mais inconnues de l’ignare que je suis. Dylan ne désire pas être attaché aux sons et aux succès de ses jeunes années. Je peux le comprendre. Il veut continuer de créer et d’avancer. Il aspire à vivre dans le présent. Ne pas se laisser momifier.

Il est parti sans un au revoir. Je vous dis à bientôt.

Comité des fêtes

Quand Jacques et Fabien sont passés à la maison en recherche de bras pour organiser la fête du Verdier, nous ne nous doutions pas de l’ampleur de cette tâche-là. Absorbé par le football, la compétition et les résultats, j’avais toujours privilégié l’achat de la prestation au plaisir de la créer par moi-même. Ce qui a bien changé. Et qui me remplit de bonheurs simples. Je me découvre de petits talents insoupçonnés et participe enfin à la vraie vie.

L’acceptation de la proposition des gens qui s’activent à créer du lien social au village procédait aussi d’un besoin d’intégration. Nous avons été servis. Réunions de préparation parfois chaotiques, avec prises de parole impromptues. Puis mise en œuvre du programme. Peinture des tableaux annonçant l’événement. Affichage de ceux-ci et des affiches roses dans un périmètre de 20 kilomètres. Distributions des flyers dans les commerces. Avant les grands travaux.

La semaine avant les festivités a été chargée. Montage d’un podium de 15 mètres de large, un soir. Mise en place de la piste de danse de 120 mètres carré, un autre. Branchement et fixation de l’interminable guirlande lumineuse et de l’électricité, un autre. Des caractères se révèlent. Une hiérarchie inavouée se dessine. Sonia, active, généreuse et volubile, impose son bon sens. Jacques mêle le geste à la parole. Les femmes s’activent. Les hommes aussi. Les plus silencieux œuvrent avec abnégation. La fourmilière monte les tables, place les chaises et les bancs, érige les tonnelles et les barnums. La nourriture est conditionnée. Les fûts de bière préparés. L’intendance suit. La fête peut commencer.

Les repas étant servis, le DJ de service amène les danseurs au bout de la première nuit. J’oeuvre au service, derrière un stand, pour livrer les sandwiches, les saucisses et les frites pour la deuxième soirée, qui se termine au bar et sur le danse floor, après avoir écouté Nashville, un groupe country.

Deux belles soirées de convivialité, de partage, de musique et de danse prennent fin sans problème majeur. Le succès des festivités est patent. Les sourires fleurissent sur les visages des organisateurs. La météo idéale a fait oublier les orages de l’année précédente.

Reste à tout ranger. Lors d’un dimanche torride, contentes mais fatiguées, les fourmis travaillent.

J’aurai besoin de quelques jours pour récupérer. J’ai une admiration sans bornes pour tous ces bénévoles. Les fêtes de village ne sont pas prêtes de s’éteindre. Que perdure cette humanité.