Felipão vs Jogi

Par ses choix, par ses envies, chacun de nous a l’occasion de bousculer son destin. Il y a presque 20 ans, tandis que je parcourais le globe à la recherche de héros pour la rédaction de mon livre « Les sorciers  du foot », ceux-ci étaient déjà prêts à tous les sacrifices pour essayer de gagner encore et toujours. Pendant que j’écrirai avec plaisir pour le Tages Anzeiger, quelques-uns des entraîneurs que j’ai rencontrés lors de mon périple se retrouveront assis sur le siège éjectable du banc de touche des demi-finales de la Coupe du Monde. Carlos Alberto Parreira, vu à New York pendant une semaine, secondera Scolari pour tenter de satisfaire le peuple brésilien qui attend un sixième titre. Van Gaal, que j’avais essayé de joindre en vain pendant mon observation de l’Ajax qu’il conduisait, sera chargé de faire triompher l’orgueil batave.

Par l’intermédiaire de l’agent d’un de mes ex-footballeur, j’ai fait connaissance de Luiz Felipe Scolari. A Sao Paulo, le matin d’un quart de finale de Copa Libertadores opposant les « Corinthians » que son « Gremio Porto Alegre » allait remporter grâce aux coups de tête de Jardel, il m’a consacré 3 bons quarts d’heure à me définir ses options de jeu. Et m’a invité à venir dans le Rio Grande do Sul constater de mes propres yeux la qualité et la quantité de son travail. Ce que je n’ai jamais fait. J’aurais pu me rendre compte une fois de plus que la pépinière brésilienne ne germe pas uniquement sur la plage de Copacabana, entourée de fesses rebondies à peine cachées par un « fil dentaire ».

Le moment partagé avec celui qui deviendra Felipão (au Brésil, le « ão » en fin de prénom ajoute une dimension de grandeur comme le « inho » signifie petit) me reste solidement ancré dans la mémoire. En face de moi, j’ai trouvé un homme totalement disponible un jour de match, ce que je n’ai jamais réussi à réaliser. Et aussi chaleureux, attentif à l’autre, communicatif, enthousiaste, passionné et généreux. Une belle personne.

Mes écrits sur l’entraînement et les portraits des coaches m’ont valu le privilège d’être invité par l’ASF pour encadrer un cours pour l’obtention du Diplôme Européen requis pour oeuvrer au plus haut niveau. J’avais expliqué Menotti et ses exercices de terrain réalisé uniquement avec le ballon. Contrôlé la charge de travail avec des cardiofréquencesmètres. À Macolin, Joachim Loew, sur le banc d’étudiant, multipliait les questions pertinentes pour essayer de mieux comprendre.

J’ai revu « Jogi » à Costa do Sauipe, lors du tirage au sort de cette coupe du monde.  Affable, aimable, amical, il m’a accueilli avec respect. Il est arrivé à me faire croire qu’il regrettait la rareté de nos échanges. C’est avec ce talent de manager qu’il devra convaincre ses footballeurs qu’il est possible ce soir de bouter le Brésil hors de la compétition. La révolution culturelle réussie contre la France pour une victoire sans émotion, avec Boateng dans l’axe et Lahm latéral droit doit être poursuivie. L’Allemagne est redevenue germanique. Celle qui faisait dire à Lineker : « Le football est un jeu qui se pratique à onze. Et à la fin, c’est l’Allemagne qui gagne ».

Felipão aura fort à faire pour ébranler le mur de Berlin. Jusqu’ici, j’ai beaucoup apprécié la générosité frénétique et la combativité sans limites qu’il est parvenu à insuffler à la « seleção ». Il devra lui inoculer une grande dose d’intelligence et de sang-froid. Sans Neymar ni Thiago Silva, le courage ne suffira pas.

Que le meilleur gagne. Dans un duel spectaculaire !

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