Costa Rica

Aujourd’hui, je regrette presque le contenu du mail de soutien que j’ai envoyé à Hodgson le lendemain de la défaite (2-1) de l’Angleterre contre l’Italie, qui disait : « Bonjour Roy, j’ai été enthousiasmé par votre match contre l’Italie. Cette équipe à un bel avenir. Et j’ai vu le match Costa Rica contre l’Uruguay à Fortaleza. Je crois sincèrement à votre qualification. Bon courage. Amitiés ». Parce que le classement définitif du Groupe D, 1) Costa Rica, 2) Uruguay, 3) Italie 4) Angleterre) désavoue complètement mes premières impressions, qui se révèlent habituellement fiables. Le 16 juin, j’aurais pu affirmer avec conviction et force arguments qu’il faudrait lire le classement dans l’ordre inversé de ce qu’il deviendra finalement. Pour plusieurs raisons. Parce que l’Uruguay, sans Suarez, avait paru inoffensive en attaque et débordée en défense à cause de la lenteur de son axe central et de Lugano en particulier. Parce que le Costa Rica, très bien organisé, ne semblait disposer d’aucun joueur hors-norme, à part Campbell, qui ne s’est pas imposé à Arsenal et qu’à moitié à Lorient. Parce que la rencontre entre Italiens et Anglais m’avait enthousiasmé par son dynamisme, son envie de marquer des buts, sa qualité technique et athlétique. Du haut niveau. Du vrai. Comme je l’aime. D’autant plus que la performance avait été réalisée dans le sauna de Manaus.

À Fortaleza, contre les footballeurs de Montevideo empêtrés dans la toile d’araignée, j’avais constaté un 5-4-1 costaricain, qui gênait considérablement la progression d’Uruguayens incapables de hausser le rythme du débat et de créer du danger, hors balles arrêtées (puisque Cavani avait scoré à la suite de penalty sifflé consécutivement au un coup franc de côté). J’avais certes repéré la discipline, le sang froid, la technique sûre dans les gestes de conservation du cuir et l’aptitude à se projeter en nombre lors de contres menés à grande vitesse. Mais je ne soupçonnais pas la valeur de ce onze.

À Belo Horizonte, lors de la confrontation opposant les Centre-américains aux sujets de Sa Majesté Élisabeth, j’ai essayé de comprendre les ressources inattendues du Costa Rica, collectivement et individuellement. Et je vous livre ici le fruit de mes cogitations.

De prime abord le team de Jorge Luis Pinto se positionne en 5-4-1 défensivement. À y regarder de plus près, l’animation du schéma de base s’avère plus subtile. Selon les moments de jeu, il se déforme avec rapidité et intelligence sans jamais se découvrir dans l’axe, sans jamais offrir d’espace entre ses hommes, ni latéralement, ni verticalement. Les 3 défenseurs centraux remontent prestement pour coller au bloc-équipe et reculent, bien alignés, pour annuler les passes en profondeur. Mais le piège se situe ailleurs. En période de pressing haut, les Costaricains oeuvrent avec 3 attaquants, et les milieux intérieurs se projettent très loin de leur base, comme les latéraux, avec un sens exceptionnel de l’anticipation, tout en délaissant le cœur du terrain où un stoppeur viendra éventuellement commettre une faute pour redonner le temps à un positionnement plus académique.

Offensivement le brio technique dans des petits espaces est utilisé pour subtiliser la sphère, pour restituer une certaine lenteur au match, avant de repartir vite et long dans des contres qui cherchent à profiter des erreurs adverses. À noter, le jeu de tête des arrières qui montent sur les balles arrêtées.

Les résultats positifs découlent souvent d’une bonne articulation collective, d’un état d’esprit pragmatique, mais aussi de la qualité individuelle. Navas, le gardien démontre courage, détermination, concentration aiguë et belle détente. Gonzalez, au coups de front performant, ne quitte jamais l’axe de la défense. À son côté, Duarte, convainc athlétiquement et dans les airs. Gamboa et Diaz arpentent le long des lignes avec rapidité, endurance et abnégation. Borges, chien de garde, protège les arrières avec assiduité. Ruiz, évolue le même rôle, avec du panache technique en plus. Tejeda, milieu ou ailier, sera une des découvertes de la compétition, avec une pointe de génie. Bolanos me séduit par sa vitesse et ses inspirations. Campbell aussi.

Tous ces compliments ne m’empêchent pas de penser que les Costaricains seront éliminés par les Grecs en huitième de finale. Me surprendront-ils une fois de plus ?

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