France – Allemagne

Les quarts de finale de la coupe du monde sentent la poudre. Qui peut faire exploser tous les a priori, les préjugés et les statistiques. Sous forme de feu d’artifice chargé d’émotions, de rebondissements et de panache. Si les sélections qui prônent l’état d’esprit le plus offensif et le style de jeu le plus attrayant l’emportaient, la Colombie, la Belgique et les Pays-Bas retrouveraient le vainqueur de France – Allemagne en demi – finale. Avec 3 Européens parmi les 4 qualifiés sur sol-sud américain. Ce qui n’arrivera pas, parce qu’à ce niveau de compétition, le manque d’expérience et l’arbitre feront souvent pencher la balance au profit du plus réputé.

Le choc France – Allemagne apparaît très équilibré. Sans avantage marqué, sans prééminence manifeste. Les deux pays les plus peuplés d’Europe, qui se sont battus sur d’autres terrains au 20e siècle, se combattront avec fougue, sans ressentiment, loin des relents d’une histoire qui ne concerne plus les acteurs en culotte courte. L’affrontement sera acharné, farouche et loyal.

Chaque team a présenté des visages contrastés. Avec beaucoup de qualités et au moins un défaut majeur constaté pendant leur dernier match. Deschamps devra résoudre le problème Benzema, qui n’a pas défendu et peu réussi avec le cuir en position d’ailier gauche contre le Nigeria (j’envisage plus un blocage inconscient provoqué par la frustration qu’une intention de sabordage). Loew aura à maîtriser la cohérence de sa stratégie. Qui s’inspire plus du Bayern Munich et son désir de possession de balle que du style vertical du Borussia Dortmund, plus germanique. Et qui ont surligné en rouge la lenteur de Mertesacker lors des contre-attaques algériennes.

La composition d’équipe de la France permettra de flairer la tactique. Qui devrait privilégier un pressing haut, comme contre la Suisse plutôt que de préférer un recul dans son camp, comme contre le Nigeria pour enlever de la profondeur à la rapidité des avants adverses. Sauf blessure de dernière minute, Lloris gardera la cage. Debuchy, latéral droit, avec son volume de course considérable et sa gestuelle fiable se projettera vers l’attaque. Comme Evra, en souffrance contre les Africains. L’axe central sera tenu par Varanne, souverain, athlétique, véloce, propre techniquement, plein de sang-froid. Le meilleur stoppeur de la compétition (?) sera secondé par Sacko, guerrier, musclé et vite, qui autorise à évoluer loin de ses buts. Cabaye, hyperactif, pertinent offensivement, consciencieux, doté d’un bon tir et Matuidi, infatigable, généreux, précis, percutant vers l’avant seront chargés d’étouffer le jeu germanique avec Pogba ou Sissoko. Valbuena, lutin, feu follet, homme libre de ses mouvements à partir de la droite, voudra perturber les grands gabarits de sa taille de puce. Avec Griezmann à gauche, 1,76 m, tonique, très vif, habile de ses pieds, imaginatif, il composera un trident (au détriment de Giroud) à géométrie variable autour de Benzema, joyau de la couronne. À qui Didier Deschamps a réussi à greffer combativité, sourire, joie de vivre et de jouer. Sauf contre le Nigeria lors duquel Karim a retrouvé l’expression d’un certain malêtre agaçant qui empêche l’éclosion totale de son énorme talent.

À mes yeux, en essayant de décrypter le fonctionnement basique de DD, je miserai sur la titularisation de Sissoko plutôt que celle de Pogba. Paul, doué, créatif, parfois génial fait preuve de plus d’inconstance dans l’effort et dans la gestion de la sphère que Moussa. Et si Didier adopte le harcèlement intensif comme stratégie première, l’ex-Toulousain sera présent. Pour apporter son poids, sa taille, sa vitesse, son abattage et sa discipline face à la plus grande équipe en taille du tournoi. Celle aussi qui gagne le moins de duels parce qu’elle veut la possession de balle.

Les choix de Joachim Loew seront plus fondamentaux. Parce qu’ils touchent la logique globale du style de la Nationalmanschaft. Qui manque de cohérence à cause d’ arrières centraux évoluant à distance considérable de leur but pendant d’interminables périodes de domination. Donc qui évoluent souvent hors de leurs points forts (duel et jeu de tête) et qui souligne leur absence de rapidité au moment de longs sprints. Les prémices de cette faiblesse étaient déjà apparues à Fortaleza lors du match Portugal – Allemagne (0-4) que j’ai vu, avant la sortie de Pepe sur expulsion et celle de Hummels à la suite d’une blessure. Si j’avais adoré les courses en profondeur de 4 ou 5 footballeurs germaniques derrière une défense portugaise alignée à bonne distance de son gardien, j’avais remarqué l’inconfort de Mertesacker dans les grands espaces.

Neuer, exceptionnel même loin de sa surface protégera la cage. Mertesacker, gros cœur, caractère bien trempé sera positionné au côté de Hummels, combattant féroce et technique, dans l’axe central. Boateng, un peu contre nature évoluera latéral droit et Höwedes, complet, à gauche. Le milieu de terrain à 3 constitue l’atout majeur des Allemands. Lahm, avec en pointe basse, Kroos et Schweinsteiger, savent tout bien faire. Avant-centre, Müller impressionne par son adresse, sa mobilité et son instinct de buteur. Dans un bon jour, avec du temps et de l’espace, Özil, faux attaquant, peut multiplier les tours de magie. Je préférerais Schürle, actif, généreux, percutant et véloce à Götze, immense talent offensif.

J’espère une ouverture du score rapide des bleus. Pour débrider le match. Pour le lancer sur une base de folie. Car de tout temps, les Allemands ont su tout risquer. Pour revenir à la marque, ils n’hésitent pas à s’exposer à prendre une raclée. Ce qui est excellent pour le spectacle.

Leave a comment

Please be polite. We appreciate that. Your email address will not be published and required fields are marked