Goooooool !!!!!

Entraîneur, je n’aimais pas assez la victoire, pour empêcher à tout prix l’adversaire de jouer. Je préférais m’occuper des qualités de mon groupe plutôt que de me concentrer sur celles de l’opposant. Au moment de composer mon équipe, je considérais que nous allions bénéficier du coup d’envoi, donc nous trouver en position offensive, en possession du ballon. Qu’il était nécessaire de l’utiliser proprement et intelligemment pour mettre le contradicteur en danger. Avec la volonté de faire bouger le score et de gagner. Quand même…

Je détestais tellement perdre, que j’étais prêt à quelques concessions à propos de mes envies poétiques et créatives. J’écoutais souvent le message clair de la défaite. Aujourd’hui j’estime que nombre de sélectionneurs partagent la même philosophie de jeu, que les rencontres sont redevenues plus ouvertes, avec 2 équipes qui cherchent plus à gagner qu’à ne pas perdre.

Avant de tenter l’analyse, je préfère vous offrir mes coups de cœur, basé sur mon étalon absolu, celui d’une victoire de Caen contre Lens en Coupe de France par 5 à 4, avec des émotions contradictoires dues aux renversements du score.

J’ai adoré Pays-Bas – Australie (3-2) avec son parfum de surprise. J’ai chéri Pays-Bas – Espagne (5-1) et la mort du football de possession du cuir comme unité de mesure incontournable. J’ai affectionné Allemagne – Ghana pour les attaques incessantes dans les sens en deuxième mi-temps. J’ai été impressionné par la froide efficacité de la France contre la Suisse. J’ai goûté Brésil – Cameroun et l’élan de folie sans calculs qui habitait les jaunes et blancs. J’ai raffolé de la Bosnie de Susic, de l’Angleterre de Hodgson, de la Côte d’Ivoire de Lamouchi (et de mon petit Gervinho que j’ai emmené jouer au Mans). J’ai aimé bien d’autres équipes aussi. J’aurais été friand de vous conter Algérie – Corée du Sud (4-2), mais à l’heure du match, nous découvrions Inhotim avec mes 2 fils, Morgan et Emeric (à une centaine de kilomètres d’Ouro Preto d’où j’écris) le plus grand musée écologique d’art contemporain du monde. Un Guggenheim planté avec goût de milliers d’arbres tropicaux. Eh oui, il n’y a pas que le football dans la vie.

Nous assistons à une Coupe du Monde 2014 souvent enthousiasmante, colorée, vivante. À cela, plusieurs raisons.

– L’équipe symbole du football de conservation de la balle, l’Espagne, ne gagne plus à coup sûr. Mais elle a tellement influencé le plus beau jeu du monde, que de nombreux entraîneurs ont suivi cette tendance, au bénéfice de plus de technique. Ces acquis dans les gestes malgré le retour vers un football de mouvements lors la dernière passe et dans le tir, profitent à la qualité du spectacle. De plus le regain de courses et de prises d’espace pénalise les purs techniciens qui rechignent à interdire l’approche du goal avec abnégation, mais ouvre ainsi des brèches dans des défenses mal organisées.

– Autre observation utile à la compréhension de la meilleure moyenne de buts marqués (3) depuis l’introduction de 24 sélections à la fête mondiale. Moyenne qui peut malheureusement baisser avec les matches à élimination directe. Au travers du filtre de la carrière des sélectionneurs, peu d’entraîneurs (pour ceux que je connais) s’inscrivent dans une obédience uniquement défensive. Capello, Queiroz (Iran), Halilhodzic sont des adeptes de beaucoup de disciplines et de rigueur dans la protection de leur cage, mais les 2 premiers cités seront peut-être contraints d’ouvrir les débats pour enlever la qualification.

– La chaleur ambiante, avec une humidité souvent oppressante dans le nord, pèse aussi sur la précision et la rapidité des replacements dans son propre camp. Les efforts fournis laissent plus de traces et deviennent de plus en plus difficiles au fil du match. Au travers de l’imperfection de l’interprétation des tactiques projetées, le jeu retrouve sa respiration, ses espaces, ses impulsions et son rythme primesautier.

– Le ballon de cette Coupe du Monde semble moins imprévisible que quelques-uns de ses devanciers. Sa ligne de vol apparait pure, devinable. S’il récompense la vérité du geste, il n’a pas encore délivré tous ses secrets. Il favorise moins l’effet. Si bien qu’il redescend moins bien derrière un mieux et qu’il surprend peu sur les tirs lointains.

Pour sûr, quelques footballeurs de talent découvriront les mystères de cette nouvelle sphère avant la fin de la compétition. Pour crier souvent : « Goooooool !!!!! »

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