La moulinette de Froome

J’enfourche ma bicyclette de course avec une régularité très aléatoire. Qui ne fait pas de moi un spécialiste. Mais qui n’empêche pas de m’interroger sur l’efficacité de mon coup de pédale. Prouvée par mon Garmin, le petit ordinateur GPS, qui crache de nombreuses données à l’arrivée. Même si je n’ai jamais dépassé les 3500 kilomètres dans l’année, j’ai souvent essayé de trouver la bonne cadence de pédalage pour un maximum de rendement.

J’ai découvert le vélo dans les années 70 pour une longue rééducation, au moment où il m’était encore interdit de poser le pied à terre sans béquille. Pour donner du piment au moment, j’ai tenté la compétition dans la catégorie débutant. J’ai éprouvé la souffrance. J’ai repéré les boîtes de pharmacie. J’ai adoré la bagarre. J’ai entrevu la stratégie. J’ai ressenti la lassitude en fin de course provoquée par le trop grand braquet et l’affolement des battements de mon cœur quand je moulinais.

La fréquence de pédalage de Christopher Froome intrigue et parfois le fait rebondir sur la selle (c’est ce que je ressens quand je tourne mes jambes trop vite). Sa vitesse de pédalage hallucine. Semble irréelle, improbable, peu évidente. Surnaturelle. Surtout lorsqu’il lâche tous ses adversaires et s’envole comme dans la montée de la Pierre Saint-Martin. Moins quand il perd plus d’une minute sur Quintana à l’arrivée de l’Alpe d’Huez. Elle défriche de nouvelles options, fruit d’une créativité scientifique. Même si nous avons peur d’être floués par excès de naïveté. Car l’équation de la performance, traquée dans toutes les activités physiques, est relativement simple pour expliquer la vitesse d’une bicyclette. Diamètre de la roue x nombres de tours à la minute (par exemple) = allure. Et la cylindrée du moteur permet d’emmener cette puissance pendant plus ou moins longtemps.

La démarche de l’équipe Sky et de ses coureurs présente à mes yeux des axes nouveaux. Un sport encore plus collectif, moins improvisé. La recherche d’un poids minimum du cycliste pour maximiser la VO2 maximum qui se calcule par kilo, indispensable dans les cols. Et l’exacerbation de la rapidité de la fréquence du tour de pédale. Qui deviennent incontournables. Fini les braquets géants des Mercks et Hinaut pour gagner le Tour. Terminé les grammes dont on se débarrasse au fil des étapes.

Le cyclisme change d’ère. Les « Sky » l’obligent à évoluer. Je rêve que l’amélioration s’engage vers une éthique irréprochable. Et définitive.