Le mémorial de Caen

Le périphérique nord de Caen pourrait, avec un peu de patience, vous conduire au Mont-St-Michel. Mais l’autoroute ceinturant la capitale du Calvados vous mène aux abords d’un énorme parc gazonné surmonté d’un monumental bâtiment qui retient votre attention et peut-être vous arrête. Les 13 drapeaux plantés au pied d’un pic futuriste de métal et de miroirs qui s’élève jusqu’à un gigantesque cube surplombant la falaise égaient la solennité de l’endroit comme un bouquet de fleurs dans un cimetière.

Le Mémorial de Caen est un lieu de recueillement, de souvenirs, et de réflexion sur le temps présent. Le passé est gravé dans la pierre de sa façade : « LA DOULEUR M’A BRISE, LA FRATERNITÉ M’A RELEVÉ, DE MA BLESSURE A JAILLI UN FLEUVE DE LIBERTÉ ». Le futur paraît s’échapper dans le ciel, au-dessus de la porte, sous forme d’un grand miroir compressé par la sobriété imposante des murs cernant l’entrée.

Le Mémorial de Caen, qui évoque la bataille de Normandie, la plus importante et la plus meurtrière de l’histoire de l’humanité, semble solidement campé au bord de la falaise. Assez solidement pour éviter de tomber dans un trou de mémoire ?

Le mémorial du Stade Malherbe.

Sur les murs de mon bureau, les 13 drapeaux des 13 nations qui ont combattu sur le sol normand, sont remplacés par des fanions épinglés là par Pascal Théault, mon adjoint, un sadique, adepte fanatique de la loi Mazeaud, qui me rappellent toutes les grandes défaites des petites batailles de mon ère (obligatoirement bête). Pascal, dit Calou, explique ainsi la noblesse de ses dons : « Il n’y a pas de défaites à oublier au plus vite. C’est faux. Une défaite, ça sert toujours. Pour avancer, pour progresser, comme point de repère. Il faut s’en servir. » Et je m’en sers aujourd’hui, merci Calou, pour garder l’humilité devant une série de bons résultats.

Là devant moi, sous mes yeux, s’étale cette ordure de petit truc aussi insignifiant que bleu, ce fanion de Portsmouth.

Où et quand ? vous demandez-vous ? Où est Caen ? Je l’ai déjà écrit. Arrêtez de me torturer ! « La douleur m’a brisé, la fraternité m’a relevé, de ma blessure a jailli un fleuve d’idées (D-Day étant le jour J en anglais…). Où et quand, et combien, et pourquoi ? That is the question ?

Portsmouth, 22 janvier 90, 5 à 1 (5 à 0 à la mi-temps). La correction permet des corrections. Certaines faiblesses éclatent au grand jour. Les symptômes sont clairs et le diagnostic facile, l’axe central est faiblard et les latéraux souffreteux. Le coach-chirurgien doit opérer sans retard. Comme toujours dans le football, le patient est impatient. Le comportement de chacun est passé aux rayons X. L’entraîneur est blindé, comme M. Dassaut, le fabricant de chars. Certains joueurs abandonnent, d’autres se révoltent, quelques-uns cherchent les fautes chez les autres. Le président apparaît solide.

Ajaccio, à Bastia, le 10 mars 90, humiliation 1-0 en Coupe contre une équipe de 3e division. Accident ou panne ? M. Fiolet le président pense au sabotage. On aurait mis du sucre dans le réservoir. Je pense plutôt que certains éléments non complémentaires sur le plan technique et affectif font fonction de frein à main. Avant l’incident, le malaise était latent, la fébrilité présente. Le Docteur Coach hésitait dans son diagnostic. La chute renforce les soupçons et permet le traitement.

Montpellier, 28 avril 90, 5 à 1 (4-0 à la mi-temps). L’entraîneur y puise une certitude pour l’avenir : la défense est trop lente. Le spectre de la relégation — cet horrible et méchant dragon — réapparaît. Cette apparition morbide fait douter la direction du club. Le tragique de la situation nous ramène au vrai Mémorial. Sous une grande photo est inscrit : “Thaïlande. (86). Dans un camp près du Cambodge”. Un enfant unijambiste d’une dizaine d’années, appuyé sur une béquille de fortune, frappe dans un ballon de cuir. Son plaisir semble aussi évident que nos soucis dérisoires.

Un vécu commun.

Pascal n’a pas encore accroché de fanions cette saison. J’ai fermé à clé la porte de mon bureau… Mais si les mauvais souvenirs de la saison passée subsistent, avec l’arrivée de nouveaux joueurs, la mémoire n’est plus collective et les exemples perdent de poids. Aucune défaite cuisante, de celles qui provoquent des brûlures au deuxième degré comme les jeux de mots de même dénomination ayant été enregistrés, notre Mémorial reste fermé.

Tout de même, l’échec du Parc des Princes a provoqué quelques remous et des failles dans notre solidarité collective. Il constitue une introduction, un pré en bulles. Deux grosses bulles arrêtées ont permis au PSG de prendre l’avantage.

Deux stèles du Mémorial évoquant l’avant-guerre me reviennent en mémoire : “Le temps des dictateurs” et » la démission des démocraties ». Comme je tiens ni à faire « fureur », ni à me « doucher » avec mes « godillots », la collaboration proposée par les joueurs pour amoindrir le danger sur coup-franc sera examinée avec attention, surtout si leurs idées rejoignent  les miennes…

La défaite 0-2 de ce week-end contre Monaco pourrait permettre la réouverture de notre musée aux horreurs. Mais la logique implacable du résultat, la supériorité incontestable de l’adversaire ne permettent que de découvrir des limites qui seront difficiles à repousser dans de brefs délais. L’expérience du haut niveau ne s’acquiert pas en 3 matches.

Tout le monde sportif sait que le saint patron de l’AJ Auxerre se nomme Guy Roux. Qui sait que M.  Giraux, Me et Maire est le père du Mémorial de Caen ? … Avant de devenir celui du Stade Malherbe ? Un (cha) ban pour Me Giraux : « Hip, hip, hip hourra !!! »

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