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A l’ombre de Johan

L’étoile filante s’est finalement désintégrée. Après avoir illuminé notre ciel pendant des années. Cruyff nous a inspiré. Comme joueur. Par son brio, son talent, son culot, ses prises de risques. Par sa créativité, son dynamisme, ses qualités techniques et son pouvoir d’accélération phénoménal. Par sa personnalité. Immense. Par son refus du compromis et de la médiocrité. Par son panache et ses prises de position. Par son palmarès éclatant, auquel ne manque qu’une couronne, celle de champion du monde. Que je lui dédie à titre posthume. Après avoir rêvé le voir terrasser les teutons avec ses oranges ébouriffantes de panache et de générosité. En Allemagne. En 1974. Du football comme on l’aime encore des décennies plus tard.

J’ai rêvé l’affronter sur une pelouse. Une seule occasion s’est offerte à moi. Nos carrières suivaient des chemins parallèles à des altitudes différentes. Lui tutoyait la célébrité. Je n’avais réussi à m’attribuer moi-même qu’un sobriquet qui me flattait et que je n’évoquais que dans l’intimité de ma conscience. J’étais le Cruyff du pauvre. Avec les mêmes qualités que le maître. Un ton en dessous. Un match international entre les Pays-Bas et la Suisse devait ma permettre de croiser son chemin. Une blessure l’avait privé du rendez-vous. Pour ma plus grande frustration.

Nous aurions pu nous affronter en tant que coach. Nous avions la même sensibilité, les mêmes idées au sujet de la manière de faire évoluer les footballeurs dont nous avions la charge. Avec la volonté d’utiliser la technique et la vitesse, avec l’envie de l’offensive et du panache. Là encore, nous n’évoluions pas dans la même catégorie. Lui au sommet. Avec style et classe. Comme un symbole. Comme une étoile du berger qui donne la direction à mes envies. Comme une lumière qui guide ses admirateurs.

J’ai rencontré Johan une fois. Dans un bus. En Angleterre. Lors de l’Euro de 1996. J’ai réussi à lui clamer mon admiration sans borne pour l’ensemble de son œuvre et ma volonté d’en faire ma tête d’affiche du livre que j’ai consacré aux meilleurs entraîneurs du monde (les sorciers du foot). Il était, malheureusement pour moi, sans emploi à cette époque. Je n’avais pu réaliser ce vœu pieu. Cette révélation avait pourtant semblé illuminer son visage d’une fierté bienveillante.

La vie de Cruyff m’a toujours inspiré. Je n’ai aucune envie de le suivre dans sa nouvelle échappée. J’ai envie de profiter encore de nombreux moments de bonheur. Même sans football.

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