Arbalète prête ?

    Winkelried et Guillaume Tell peuvent retourner dans mes livres solaires d’histoire. Nous n’aurons pas besoin d’eux sur les gazons helvètes au mois de juin lors de l’Euro 2008. L’arbalète, sigle de la qualité suisse, qui estampille la valeur de l’équipe de Kuhn, représente une valeur justifiée. Même si la déculottée de 4 à 0  infligée par nos voisins allemands a égratigné notre label et notre confiance. Et c’est peut-être mieux comme ça.

    J’étais trop jeune, mais j’en ai entendu parler au temps des culottes courtes. En 1954, la Suisse n’était pas favorite. Et pourtant, que de matches épiques ! Avec une générosité sans limites. Des exploits insensés. Et des drames. Et finalement, la tragédie, c’est ce qui me reste prioritairement en mémoire. Sans fouiller dans les archives, la défaite 7 à 5 contre l’Autriche en quart de finale de la coupe du Monde a représenté un sommet d’intensité dramatique. Mon père m’a raconté qu’un joueur (Bocquet ?) avait souffert d’une insolation, que la Suisse avait terminé la rencontre à 10, car il n’y avait pas de remplacement de joueurs alors. Ce qui expliquait la déroute. Réalité historique ou propos chauvin ?

    Le compte à rebours de l’événement austro-suisse se présentait idéalement jusqu’ici. La montée en puissance du football rouge à croix blanche paraissait linéaire. Un titre de champion d’Europe en -17 ans. Des qualifications répétées des Espoirs en compétition européenne. Des participations imparfaites, mais prometteuses de la Nati à l’Euro 2004 et à la Coupe du Monde 2006 en Allemagne. Et depuis 2007 l’élan primesautier s’est brisé, le turbo ratatouille. Ça coince. Parce que l’ambitieux international suisse qui flambe rêve de mieux et vise plus haut. Vogel quitte Eindhoven pour Milan, puis Séville pour se retrouver durablement sur le banc. Senderos joue peu et peine à retrouver le rythme. Ça coince. Parce des joueurs majeurs comme Muller et Frei se blessent durablement. Ça coince. Parce qu’une équipe se construit comme une maison, avec des murs porteurs et des cloisons. L’absence de murs (Muller et Frei) fragilise l’édifice et augmente la probabilité de recevoir le toit sur la tête.

    Bonne nouvelle. Notre Guillaume Tell (Frei) sera là. Notre Winkelried (Senderos) aussi. Sans que nous sachions si, comme pour Muller, le cerveau, leur manque de compétition sera préjudiciable. Car si bien souvent les stars du football mondial arrivent carbonisés aux joutes de juin et juillet après les Finales nationales et internationales, notre crainte est inverse. Un footballeur qui joue peu perd son aisance, son énergie, sa capacité à répéter ses efforts. Son Niveau.

    Paradoxalement, avant la compétition, comme en arithmétique, les moins qui s’accumulent finissent par devenir des plus. Il n’est jamais plus facile de gagner quand on n’a rien à perdre. Et avec toutes les incertitudes et les inquiétudes qui pèsent sur l’équipe de Köbi, avec le soutien inconditionnel du public, du pays, la Suisse va se qualifier. Comme en 1954. Malgré le Portugal, la Turquie et la République tchèque.

Leave a comment

Please be polite. We appreciate that. Your email address will not be published and required fields are marked