La grandeur de Titi

   J’apprécie beaucoup parler de football avec Arsène Wenger. En deux phrases, il peut résoudre une équation à deux inconnues sur laquelle je butais depuis des décennies. La concision de sa parole, la précision de son verbe, la simplicité de sa pensée désarçonnent, et rendent humble. La densité de son propos doit prendre sa source dans une introversion aujourd’hui surmontée. L’homme va droit au but quand l’expression en société intimide. Il craint la faute et l’évite.

    Arsène m’a confié un jour que Thierry Henry est un passionné de ballon rond. Qu’il connaît l’histoire de notre sport, qu’il suit l’actualité internationale, qu’il s’intéresse même aux formations d’équipes de la Ligue 2 française. En football, il est incollable. Questions pour un champion. Depuis cette confidence, je vois courir Titi avec une auréole sur la tête. Je lui pardonne tout. 0u presque.

    Moi, j’ai besoin d’archives pour décliner ses statistiques. De l’AS Monaco à la Juventus de Turin, en passant par Arsenal pour terminer à Barcelone, il a marqué 210 buts en 405 matches de championnat. Il a scoré 45 fois en 102 matches avec l’équipe de France. Si l’on compare son efficacité avec celle de Zidane (506 pour 94 buts en championnat et 108 pour 34 buts en bleu), les chiffres plébiscitent Thierry. Pourtant l’aura de Zizou est incommensurable. Par sa personnalité plus humble ? Non. Parce que Zidane a marqué des buts lors des grands événements. 2, lors de la victoire en finale de Coupe du Monde contre le Brésil. 1, lors de la défaite en finale de Coupe du Monde contre l’Italie. 1, en or, en demi-finale de l’Euro 2000 contre le Portugal, 1, contre le Bayer Leverkusen en finale de la Ligue des Champions 2002.

    Thierry n’aura plus qu’une occasion de devenir le meilleur joueur du monde. En gagnant et en marquant lors de la finale de la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud. Ce qui aujourd’hui paraît exprimer un optimisme béat, étant donné le niveau de l’équipe de France.

    En ce qui concerne Henry, ce n’est pas non plus gagné d’avance. Il n’a pas été étincelant pendant l’Euro 2008. Mais j’ai aimé son orgueil de champion, son envie de gagner, sa combativité jamais prise en défaut, son courage, son refus de l’abandon. Par contre, son efficacité devant le but m’a laissé songeur. Contre les Pays-Bas, son but marqué en finesse du pied gauche, en pleine vitesse, était oblitéré du sceau de la classe. Son tir dos au but rasant la lucarne valait son pesant de talent. Mais son essai de près contré par un bras hollandais devait être transformé en but. Son lob face à un Van der Sar mal placé devait signifier l’égalisation.

    Titi n’est-il pas un buteur de grand événement ?

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