Balle perdue

    Mon premier souvenir de ballon en cuir remonte aux années 50. Lors d’un match au Parc des Sports à Saint-Imier, un maladroit a raté son tir de 10 mètres au moins. La balle perdue a terminé sa course sur mon nez. J’avais 5 ans. Je sens encore le choc cuisant du cuir mouillé, l’éraflure du lacet qui fermait le globe (j’invente peut-être, mais je me souviens bien de ma première paire de chaussures « Hop Suisse » avec le bout en bois).

Ma deuxième image de balle est différente. Et surtout d’une autre matière. En plastique, dure, agréable au pied pour les interminables petits matches dans les rues, sur la route. La « superflex » était légère, mais suffisamment compact pour casser quelques vitres de portes de garage qui servaient de but.

    Je me suis souvent demandé si ma frappe moyenne en puissance ne provenait pas de mon apprentissage de gamin avec une sphère inadéquate au tir. Qui partait fort avant de ralentir, qui décrivait des trajectoires illogiques, et insensibles aux effets. Je devais vouloir frapper trop fort le cuir, me crisper, me désunir. Car j’ai découvert, au travers d’autres sports, dont le golfe en particulier que la puissance s’obtient plus par l’équilibre, la précision du geste qui traverse la balle et la vitesse du mouvement que par la force.

Depuis plus de 10 ans, j’envie les footballeurs d’aujourd’hui. L’avancée technologique permet à n’importe gringalet de réussir des transversales de 50 mètres et d’envoyer des tirs meurtriers.

    Mais je n’aime pas (encore ?) le ballon de la Coupe du Monde 2010. Et je cours immédiatement à sa défense avant d’aligner mon argumentaire d’attaque. L’altitude de certains stades sud-africains, donc la pression atmosphérique inférieure à celle des stades du bord mer, fausse les trajectoires par une moindre résistance à la pénétration dans l’air. Et les footballeurs présents ne découvrent qu’aujourd’hui en compétition les effets de leur nouvel outil.

    Que le gardien anglais Green, l’Algérien Chaouchi laissent échapper des tirs anodins et se couvrent de ridicule ne n’émeut guère. Que le gardien paraguayen lise mal la trajectoire d’un centre, que le Serbe Kuzmanovic pense dégager le cuir de la tête et que celui-ci atterrisse sur son bras au point de provoquer un penalty ou que le défenseur danois tente de dégager son but à la suite d’un centre et l’envoie en direction de ses propres filets me dérange plus.