Stars blêmes

Même les surhommes ont leurs petites faiblesses. De tous genres. Ce qui réconforte les humbles comme nous. Federer, tel Icare, s’est brûlé les ailes à force de côtoyer le soleil. Armstrong, tel un phénix renaissant de ses cendres force l’admiration et suscite les soupçons qui collent à son sport. Tiger Woods a ses petits soucis.

Quelques stars ont traversé la Coupe du Monde dans un total anonymat. Thierry Henry, meilleur buteur de l’histoire du onze de France avec 51 buts n’a pesé ni sur le terrain lors des quelques minutes jouées, ni dans le vestiaire avant la lamentable grève d’entraînement des bleus. À la poubelle. Ribéry, énervé et brouillon. À la poubelle aussi. Rooney, impérial dans une saison prolifique avant sa blessure en quart de finale de la Champions League contre le Bayern Munich, n’a jamais fait trembler les défenses adverses. Transparent. Lampard moyen. Gerrard essoufflé. Cannavaro souffreteux. Torres sur les rotules. Ronaldo, souvent irrésistible au cours de sa première saison au Real Madrid, engagé et inefficace. Messi sans but.

Dans une société qui tranche sans nuances, qui catalogue en permanence, le vainqueur est louangé et le vaincu est écharpé. La star est étincelante ou nulle. Parfaite ou incapable. Sans degrés intermédiaires qui n’intéressent personne. Tentons l’analyse. Lampard, Eto’o, Ronaldo, Messi avaient déjà tout donné dans une longue et fructueuse saison. Ils sont arrivés usés, plus mentalement que physiquement. Cannavaro a démontré que ses plus belles années sont passées. Henry a trop peu joué pour être dans le rythme. Comme Torres, Ribéry, Gerrard, qui ont été victimes, ou d’une importante blessure ou de trop nombreux pépins. Rooney et Drogba ont additionné saison chargée et blessure d’avant compétition.

Les meilleurs d’aujourd’hui et ceux de demain, donc les futurs vainqueurs, ont une revanche à prendre ou encore tout à prouver. Robben, Sneijder et Van Bommel, les meilleurs Néerlandais ont traversé leur désert en Espagne, à Madrid et à Barcelone. Forlan souffrait d’un manque de temps de jeu à Manchester United. Klose a connu une saison sans. Et les jeunes Allemands Özil et Müller vont devenir des géants, sans pouvoir tout de même dépasser Schweinsteiger qui pourrait devenir le meilleur joueur monde en Afrique du Sud.

La glorieuse incertitude du sport et l’exceptionnelle dramaturgie du football se sont délectées de leurs habituelles erreurs arbitrales (égalisation valable à 2-2 pour l’Angleterre contre l’Allemagne, but hors-jeu de Teves pour l’ouverture du score de l’Argentine contre le Mexique, etc.… À quand le « challenge » comme au tennis !), et de ses occasions immanquables qui pouvaient changer le destin des équipes dans la compétition (penalty raté par Gyan à la dernière minute pour qualifier le Ghana contre l’Uruguay, penalty raté par Cardozo pour ouvrir la marque en faveur du Paraguay contre l’Espagne). Mais un invité-surprise, donc inhabituel, un ballon pervers nommé Jabulani a trompé d’une trajectoire improbable l’impeccable gardien Julio César (out pour un Brésil dominateur avec Kaka et Robinho en regains de forme) et le gardien ghanéen Kingson suite à une frappe de Forlan.

Les demi-finalistes présentent un air de famille. Trois sont européens. Avec une même consanguinité orange. Au pays de Rinus Michels et du football hollandais que l’on disait total, on continue de former des joueurs sur les bases incontournables de la vitesse de course, de l’intelligence de jeu et de la technique. Pour un premier titre qui consacrerait une vision positive du football et du footballeur ? Le style de jeu alléchant de l’Allemagne rappelle celui du Bayern du Batave Louis Van Gaal, avec beaucoup de soin porté à la construction du jeu. Avec beaucoup de lucidité, de fluidité dans les actions et un engagement bien germanique. L’équipe d’Espagne porte les gênes de la paternité de Johan Cruyff, entraîneur mythique du FC Barcelone qui a transformé un « futbol de muerte » (football de mort) en une symphonie pour onze artistes. Je ne crois pas aux chances de l’équipe de Del Bosque, même si je souhaite ardemment son succès. L’équipe et ses stars me paraissent usées et avec un déficit de confiance dû aux derniers déboires. Seul Villa, frais et dispos, débarrassé de compétition internationale avec le FC Valence peut la sortir de là.