Stratégie rouge ou orange ?

    Hommage appuyé à l’Allemagne à qui j’offre cette première ligne, pour que mon admiration soit incontournable. Je voulais d’abord écrire un éloge funèbre pour la mise en bière des cousins germains. C’eut été une faute de goût et une imposture faite à la vérité. Avec cette défaite en demi-finale de Coupe du Monde, l’Allemagne revit ses émotions au plus près des sommets du football terrestre. Après le regain d’efficacité du Bayern de Munich, j’ai été séduit par cette « Mannschaft » romantique, qui a pratiqué le meilleur football de la compétition. Individuellement, j’ai beaucoup apprécié Lahm, Mertesacker, Friedrich, Khedira, Schweinsteiger, Özil, Poldoski, Klose et Müller. Et même Kroos et Jansen. Personne à jeter. Collectivement, le jeu a été fluide, construit, profond et varié. Un vrai régal. Sauf contre l’Espagne. Par manque de ballon. Parce que l’Allemagne est devenue joueuse, et que pour jouer il faut le cuir. Pour ne pas se retrouver comme des alpinistes à la conquête de l’Everest sans masque à oxygène. La balle régénère, fortifie, met en confiance les collectifs joueurs. Et c’est le problème qui se pose contre l’Espagne, qui s’accapare du ballon. Seules deux équipes ont trouvé la parade à cette équation. L’Internazionale de Mourinho et la Suisse d’Hitzfeld (avec quelques conséquences pour cette dernière, car il est très difficile de passer du tout défensif à l’offensif) en défendant avec acharnement, en collant à l’adversaire direct pour lui imposer son impact physique à la prise de balle.

    Ou Joachim Löw, parfait dans son coaching, qui a passé son diplôme européen d’entraîneur en Suisse (je le sais, j’y étais) a demandé à sa sélection d’évoluer dans une organisation en zone d’attente plutôt qu’en zone et pressing, ou son équipe n’a pas réussit à réaliser son plan. Car le problème est complexe et difficile à résoudre. Soit l’adversaire cherche à priver les Espagnols de ballon en essayant de les battre dans la possession (ce qu’Arsenal avait tenté sans succès contre Barcelone en Ligue des Champions au point d’être submergé), soit il tente de pourrir la circulation de la sphère et le jeu de passes pour contrer ensuite (comme l’Inter et la Suisse). Il me semble que le onze de Joachim avait les moyens de faire les deux. Un harcèlement haut, près du gardien adverse (car comme une perte de balle est périlleuse près de son but, il est plus difficile de conserver la possession du cuir près de sa surface de réparation que dans la moitié de terrain adverse, où une passe en retrait à son gardien représente au danger) et possession du ballon dans le camp adverse.

    Pour gagner un match, il faut jouer son jeu et empêcher ou pour le moins perturber celui de l’adversaire. Il faut s’imposer à lui, en valorisant ses propres forces et sa manière pour peser sur les faiblesses adverses. Découvrir les déficiences du contradicteur pour montrer les siennes ne sert à rien. Sauf à jouer un coup de poker. Comme l’Uruguay a tenté de le faire dans l’autre demi-finale contre les Pays-Bas. Van Marwijk et ses oranges pouvaient attendre des « célestes » frileux et attentistes. Tabarez a choisi de presser haut. Cette audace a longtemps fait bafouiller le jeu batave, qui pour ne pas dévoiler les limites de sa défense centrale a l’habitude de pratiquer un regroupement massif devant sa surface de réparation pendant une heure. Pendant plus de soixante minutes, les Hollandais n’ont pas vu le jour contre les Brésiliens, avant de réussir un but miraculeux. Pendant plus de soixante minutes, les Néerlandais ont souffert le martyr contre les Uruguayens, avant de reprendre l’avantage et dérouler un football digne de son histoire.

    La Finale opposera deux équipes au football bien typé et parent. Le combat pour la possession du ballon sera terrible. Si les Pays-Bas subissent trop, comme ils en ont pris l’habitude, ils favoriseront l’expression du jeu de l’Espagne. Au delà de 65 % de possession du ballon, les Ibériques l’emporteront. Je parie donc sur l’Espagne. Même si Van Persie, qui n’a pas fait grand-chose de concluant jusqu’ici, peut me clouer le bec.