Mieux en Blanc, les bleus !

Les dernières images de l’équipe de France en tournoi final, en 2010, ont déclenché la nausée. Anelka, victime de ses excès égocentriques, qui devient le premier bouc émissaire et évacue la compétition. Un groupe qui refuse de descendre du bus pour s’entraîner. Un sélectionneur qui lit un texte concocté par un agent de joueur. Une défaite contre l’Afrique du Sud. Le KO suit le chaos. Et pour abimer encore plus l’iconographie, au final, Domenech refuse de serrer la main de Parreira.

La chasse aux sorcières suit la débâcle. Domenech, contradicteur permanent, est fusillé au poteau de son management décousu et de son esprit provocateur. Les gentils sont opposés aux méchants. Les blancs aux noirs. Les musulmans aux autres. Finie l’époque idyllique du « Blacks, Blancs, Beurs » des champions de 1998. Pour trouver les coupables, le racisme devient cause ou alibi.

Dans un contexte agité et baigné de désamour, Laurent Blanc succède à Domenech. Changement de coach. Changement d’allure. Enfin un certain style et même un style certain.

Souvent, le footballeur laisse présager l’entraîneur qu’il sera. Laurent joueur, jeune milieu de terrain offensif de Montpellier, échassier majestueux au port de seigneur, œil vif, foulée harmonieuse à défaut d’être vive, pied précis, inventif et souvent foudroyant, jeu de tête ravageur, intelligence de jeu cinq étoiles, peine parfois a imposer sa classe. Par manque de jambes pour échapper au marquage individuel d’alors.

À Montpellier, par alternance, Aimé Jacquet le teste en défense centrale. Pour finalement l’imposer dans cette position. Sans qu’il ne devienne jamais un vrai défenseur aux yeux des puristes. Qui lui reprochent son manque d’agressivité dans le duel ou son absence de méchanceté. Il défend avec intelligence. Lit le jeu. Anticipe. Et relance comme un dieu. Au point de récolter un surnom à Marseille : « Président », pour son influence sur l’équipe, sur et en dehors du terrain, après des passages à Naples, Saint-Étienne, Auxerre et Barcelone, avant l’Inter Milan et Manchester United. Avec 20 ans de carrière, 717 matchs en club (141 buts) et 96 en équipe de France (16 buts).

Entraîneur, il ne se départit jamais d’une grande maîtrise. Qu’il n’avait perdu qu’une fois comme joueur. En giflant Bilic, geste sanctionné d’un carton rouge à la suite d’un accrochage avec le Croate en demi-finale de Coupe du Monde 98. Qui lui aura fait rater le rendez-vous de sa vie. Il est plein de réserve et de retenue pour exprimer ses émotions. Cérébral, toujours sous tension, il conduit ses équipes avec une exigence jamais assouvie. Il décline avec persistance son credo d’un football technique, intelligent, avec un soin particulier porté à la circulation du ballon. Sans jamais oublier de jouer pour triompher. Car ses équipes gagnent. Un titre de champion de France avec Bordeaux. Et la France reste sur 16 matchs sans défaite (avec des victoires en Angleterre et en Allemagne).

Il communique avec prudence et précision, parle vrai, mais pèse chaque mot avant de le prononcer. Car il sait que chaque parole inadaptée peut se retourner contre lui. Son « grand black » proféré dans une réunion technique interne à la Fédération l’a fait vaciller dans son leadership. Où il employait un stéréotype signifiant : grand, fort, vite et individualiste, certains ont voulu comprendre racisme. Alors qu’à mes yeux, il ne s’agit que d’un projet de jeu. Favorisant plus la qualité collective que le potentiel individuel.

Le fil rouge de son action se trouve dans sa première sélection. Il a offert sa première cape à M’Vila, en position de sentinelle devant la défense. Malgré son 1,82 m et sa carnation noire, Yann est surtout un superbe footballeur, précis et technique, qui fluidifie le jeu. Il a offert sa confiance à Rami et à Mexès, parfois fantaisistes, en charnière centrale et à Benzema en attaque, sans jamais déroger à son choix premier, même pendant les périodes de méforme en club. Pour en faire une colonne vertébrale de qualité.

Blanc a changé la pigmentation de son équipe (9 noirs à Bloemfontein pour 3 noirs contre la Serbie), mais il a surtout transformé la couleur du football de la France, avec ces footballeurs d’origine maghrébine Rami, Benzema, Nasri et Ben Arfa), amoureux fou du ballon. Qui a réussi une mi-temps presque parfaite contre l’équipe de Mihailovic.

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