Avec ou sans Blanc ?

Le commentateur possède le privilège immense de pouvoir émettre son opinion après les choix des autres. Et il ne s’en prive pas. Après les 2 défaites 2-0 subies par la France contre la Suède et l’Espagne à l’Euro 2012 suivant une série de 23 matchs sans défaite, les mauvaises notes vont tomber. Sur le Président de la Fédération Française de Football, Le Graet, qui n’a pas renouvelé le contrat de Laurent Blanc avant la compétition. Sur le sélectionneur qui a fait jouer un latéral droit en position d’ailier contre la « roja ». Sur les joueurs qui n’ont pas assez tenté sur le terrain. Sur les bavards qui n’ont pas respecté l’omerta du vestiaire qui veut que le linge sale se lave en famille après les défaites. Sur les journalistes qui révèlent les algarades d’après match.

Le sujet primordial concerne le futur de l’entraîneur national. Blanc ? Ou non ? Laurent voudra-t-il continuer son œuvre ? Telle peut être la question. Qui doit offrir une réponse affirmative. Il a redonné tenue et résultats à une équipe de France qui avait indécemment égratigné son image en Afrique du Sud. Il a patiemment construit une équipe, une logique, un football. Il a cru, dès le départ, à certains joueurs qu’il a imposés, bon an, mal an dans la colonne vertébrale de son onze. Lloris dans les buts. Rami et Mexès (qui ne lui a pas rendu, en arrivant avec 5 kilos de trop en Ukraine), M’Vila (qui s’est blessé avant la compétition) et Benzema (qui a souvent marqué en bleu, sauf en ce mois de juin).

La présence fondamentale de ces éléments clés implique un projet de jeu plus technique avec un soin considérable porté à la circulation du ballon, voire à sa conservation immodérée (j’en rêvais, l’Espagne l’a fait et ce n’est pas très joli à voir). Le footballeur vu par Laurent n’exclut pas les « régaleurs de chique », ces joueurs amoureux fous du cuir, qui dribblent, qui portent la sphère, qui rechignent parfois à la passe. Et à défendre. Et qui par là, nous exaspèrent parfois. Je nomme Ben Arfa, Nasri et Menez en particulier, que Blanc espérait inscrire dans un collectif intelligent et complice.

Le match contre l’Espagne ne peut constituer l’étalon qui permet de juger du niveau d’une équipe. Parce que pour attaquer, il faut avoir la pelote. Sans munition, pas de tir. Sans contact avec le porteur de la bille, pas de duel. Sans duel, pas de combativité. Sans combativité, pas de présence. Parce que les Espagnols sont devenus les rois du jeu (court) dans l’intervalle, entre les lignes des organisations en zone. Entre le milieu et la défense. Entre le milieu et l’attaque. Sans avant-centre fixé dans l’axe, où l’adversaire les attend en vain, les Espagnols multiplient les surnombres. D’un côté. Puis de l’autre. Passe d’un joueur libre à un joueur libre. Passe d’un joueur libre à un joueur libre. Passe d’un joueur libre à un joueur libre. Etc… L’adversaire devient fantomatique. On ne se rend même plus compte. Qu’il court ! Qu’il court ! Qu’il court ! Après la boule. L’équipe de Del Bosque chloroforme l’adversaire, le match, le spectateur. Le dialogue de la rencontre devient monologue, verbiage égoïste.

Personne n’a vraiment réussi à reprendre la parole face à cette logorrhée fatigante. Les solutions sont rares. Contre Barcelone, Chelsea a décidé de camper dans sa surface et à dresser des barricades. Avec succès. La Croatie a repris la formule, en jouant un peu plus haut face aux compères de Casillas. La France a tenté le même schéma. Patatras.

Je vois 3 contrepoisons pour résister aux somnifères ibériques. Au risque de s’empoisonner soi-même. Premièrement, en supprimant les intervalles. En revenant au marquage individuel de ma préhistoire. Deuxièmement, en campant dans le camp adverse, puisque Del Bosque renonce à la vitesse d’attaquants capable de faire des différences sur longue distance dans le dos de la défense. Troisièmement, en changeant les lois du jeu et en les calquant sur celles du basketball ou du handball, sport dans lesquels le temps de possession et le retour en zone de défense sont strictement limités.

J’espère profondément que le Portugal, qui fait très bonne impression jusqu’ici ou que l’Allemagne, excellente aussi, sauront mater les ensorceleurs rouges pour ne pas être tenté par la troisième idée.

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