Platini, hors-jeu

Alors que Blatter, un jour après Platini (tous deux en vacances du pouvoir), répond de ses méfaits devant la commission de recours de la FIFA, il est possible d’affirmer que l’intrigant masqué (je ne crois pas à l’indépendance des magistrats de la Fédération Internationale) a parfaitement réussi son coup.

Les jeux sont faits. Même rétabli dans son honneur, Platini ne sera pas président de la Fifa. Il a décidé de renoncer à présenter sa candidature.

A qui profitera le forfait? Impossible de le prédire, puisque l’élection n’aura lieu que le 26 février. Mais une autre question s’impose. Qui donc a initié les problèmes du Nancéien? Michel le sait et le clame haut et fort: le méchant se nomme Blatter, président sortant. Nous n’en comprenons pas les raisons. Sepp Machiaviel est trop habile pour attaquer de front. Il est capable de placer des mines impersonnelles sans jamais revendiquer l’attentat. De se montrer d’une loyauté apparente sans borne en avouant le paiement de 1,8 millions de francs suisses pour la mission du numéro 10. Qui pose problème aujourd’hui.

Je ne serai pas le premier à jeter la pierre à Platini ni la dernière d’ailleurs. Moi aussi, dans ma carrière de football, j’ai travaillé sur la base d’accords verbaux. Et j’ai provisoirement (ou même  définitivement) renoncé à des paiements d’argents qui m’étaient dus pour des raisons de difficultés de trésorerie. Seuls choquent la somme et le moment du virement.

Au moment des faits, j’étais dans la boucle. Platini refusait d’habiter Zurich. Ce qui semblait rédhibitoire pour devenir un salarié de la FIFA. Au point que Walter Gagg, le bras droit de Blatter m’avait sollicité pour savoir si un poste de directeur technique pouvait m’intéresser. Ce qui m’excitait et me faisait rêver. Et que j’ai refusé pour la seule et bonne bonne raison que j’étais déjà sous contrat avec le Stade Malherbe Caen, alors en 2e division, comme manager général. Ce qui ne m’avait pas empêché de me rendre en Suisse pour évoquer la chose. Et de suggérer que Michel pouvait devenir conseiller du Président de la FIFA. Ce que personne ne pourrait empêcher. Je ne me doutais pas alors que la réalisation de cette idée aurait de telles implications financières et des conséquences sur l’histoire du football mondial.

Aujourd’hui, Michel doit renoncer à son ambition de devenir de numéro 1 mondial. Titre qui lui paraissait promis. Un tsunami de reproches (justifiés ou non) l’a plaqué sur une position défensive. Dont il ne pourra pas sortir de sitôt. Il ne peut aujourd’hui qu’espérer restaurer son honneur, bien malmené par la sanction violente et lourde (8 ans d’interdiction d’exercer une fonction officielle dans le football). Michel, rayonnait sur le terrain par sa technique et son sens du jeu. La dernière qualité l’a aidé à devenir un dirigeant incontournable. Avec ses combats pour un football équitable, sans dopage financier.

D’habiles politiciens l’ont mis hors-jeu. Je regretterai ses positions bien tranchées, même si je ne partageais pas unanimement ses ses décisions.

Le nouveau Stadium

Je n’ai pas attendu les feux d’artifice, ni les discours d’inauguration finaux. Cela ne m’empêche pas d’affirmer que la rénovation du Stadium de Toulouse est réussie, même si l’enceinte reste toujours aussi évasée. Et je comprends aujourd’hui la différence entre deux mots du football. Le « supporter » supporte. Le « spectateur » regarde, et crie sa désapprobation après. Il y avait donc bien 35 000 spectateurs  pour voir Toulouse FC affronter le PSG. Pauvre ambiance.

Et la partie presque soporifique est rassurante pour les deux équipes.

Le PSG, sans Di Maria, Verrati et Thiago Silva s’est imposé 1-0 sans forcer son talent. A l’image de Thiago Motta, le baromètre de l’équipe, qui avait décidé de jouer avec sa tête plutôt qu’avec son cœur, et qui en avait gardé sous le pied. Un match joué et remporté en jouant à 70% de son potentiel permet de conserver l’énergie qui sera très utile dans d’autre circonstances plus importantes. PSG a  vaincu. Sans jamais devoir accélérer. Et trois de ses défenseurs ont démontré un potentiel énorme. Aurier, Marquinhos et David Luis ont impressionné. Individuellement, par leur qualité athlétique et leur sens de l’anticipation. Collectivement, parce qu’ils ont su faire face à maintes infériorités numériques. Avec brio. Avec sang-froid. Et Trapp, dans une journée sans faute, peut faire gagner un match.

Toulouse a accompli une performance de qualité, indépendante de l’investissement minimal de l’adversaire. Qui laisse présumer d’un maintien probable en Ligue 1.

Arribagé, l’entraîneur fait preuve d’un état d’esprit positif. Même dans la difficulté. Il introduit des jeunes qui dynamisent l’équipe, qui lui redonnent de la fraîcheur et de l’envie. Il est capable de changer de dispositif tactique pour gêner le contradicteur comme contre le PSG en passant à un 5-4-1. Lafont, à 17 ans, rassure dans les buts. Comme Diop, 19 ans, hyper puissant, dans l’axe. Tisserand dans l’axe amène de la maîtrise. Doumbia et Akpa Akpro travaillent beaucoup grâce à de belles capacité athlétiques dans un milieu de terrain très fourni. Trejo, très actif, distille des actions de talent en direction du but adverse. Braithwaite, endurant, rapide, très joueur, a presque tout réussi dans ses prises de risque et a étonné par la justesse de son jeu.

Ben Yedder, volontaire et très en jambe, avec un grand sens du but et beaucoup de qualité technique, est capable de marquer à tout moment.

Manquait Machach contre les parisiens, 20 ans, très complet, qui peut valoriser le 11 violet.

Le TFC va se maintenir en Ligue. Moi, j’y crois.

Sans Benzema ?

Ses parents n’ont pas manqué de lui inculquer de bons principes pour affronter l’existence. La cour de récréation, les couloirs d’escalier, la cité, lui ont appris d‘autres règles de vie. La loi du plus fort. Celle que les dirigeants qui le gouvernent aujourd’hui ont intégrée avec beaucoup plus de finesse que lui. Qui parfois même sont prêts à trahir pour parvenir à leur fin. Leurs alliés. Leurs amis. Karim n’est pas de ceux-là. L’amitié est sacrée. Promis. Craché. Juré. Quoi qu’il arrive. Même si son meilleur pote Karim Benzati est passé par la case prison.

L’occasion était trop belle de donner un coup de pouce à son proche. En prévenant amicalement Mathieu Valbuena d’une menace qui planait dans l’air au sujet d’ébats qui devaient rester intimes. Je ne parviens pas à croire que Benzema avait l’intention de faire chanter son coéquipier de l’équipe pour en tirer un profit personnel. Je félicite Valbuena de son obstination de refuser de bourse délier. Je regrette les proportions prises par un problème privé qui assombrit l’avenir du onze de France.

Karim Benzema a toujours provoqué deux sentiments contradictoires en moi. J’ai beaucoup d’admiration pour son talent de footballeur, son altruisme extrême pour un buteur, sa recherche du geste juste, sa complicité exacerbée du jeu avec le partenaire (par manque de dribble ravageur ?). Son manque de joie apparente sur un terrain m’a invariablement choqué depuis que je l’ai vu perdre la finale de Gambardella contre Strasbourg. Il semble s’ennuyer sur le gazon. Ce qui me paraît impossible, invraisemblable. Et probablement une mauvaise interprétation.

Valbuena me plait bien depuis qu’il tombe moins souvent pour simuler la faute. Il est droit dans ses bottes, fier, combatif. Champion dans l’âme. Dommage qu’il démontre tant de négligence dans sa vie personnelle. Au point de laisser trainer son smartphone et de se voir subtiliser sa sextape imprudemment stockée. Qui aura fait parler, écrire, à défaut de faire chanter.

Didier Deschamps, le sélectionneur pèse ses mots. Pour ne pas perdre définitivement ses joueurs. Pour conserver son autorité et la discipline du groupe. Parce qu’il croit en Martial et Coman, les futurs grands, sans leur faire une confiance aveugle. Parce qu’il n’est pas encore obligé de trancher.

Benzema ne comprend pas. Qu’on puisse s’acharner pour le démasquer. Alors que pendant des années, il pouvait presque tout se permettre. Qu’on lui passait presque tout. Parce qu’il était efficace, brillant, connu, puissant et riche. Pourquoi ces embrouilles avec la justice aujourd’hui? Comme Michel Platini, Sebastian Coe, Nicolas Sarkozy. Et bien d’autres qui n’étaient pas traités comme le commun des mortels, avant d’être poursuivis par les ennuis.

Le calme de Xavier

Arrive la zone d’inconfort. Une série d’insuccès s’enclenche (3 défaites de rang). L’euphorie s’évanouit. Les rêves s’éteignent. Ne reste que la réalité. Et les premiers objectifs ressurgissent. Sans plaisir. La nervosité s’insinue. Mais aujourd’hui, le calme subsiste. Définitivement ?

C’est dans ces moments-là que j’attends Xavier Gravelaine. Qui a, à maintes reprises, provoqué des embellies lors de ses passages, mais qui souvent s’est rembruni, agacé, irrité, crispé, exaspéré au fil des périodes de disette. Pour lui. Pour son équipe. Manager général à l’heure actuelle, il paraît parfaitement maîtriser ses nerfs, qui semblent ne plus jamais être à vif, à fleur de peau ou se mettre en boule. Comme l’année dernière, pendant la suspension injuste de son Président.

Dans ma tête, c’était 17 fois. Wikipédia m’apprend qu’en fait, il a changé 18 fois de clubs (Nantes, Pau, Saint-Seurin, Laval, Caen [2x], PSG [2x], Strasbourg, Guingamp, OM, Montpellier, Watford, Le Havre, Monaco, Ajaccio, Istres et Sion). Ce qui dénote une instabilité certaine et une longue carrière. Avec un amour immodéré pour le jeu. Pendant 493 matches de compétition pour 158 buts marqués. Et je sais, après vérification, avoir été le seul entraîneur à l’avoir supporté (dans tous les sens du terme) pendant deux saisons de suite. Ce qui m’incite à m’interroger à son propos. Et encore plus au sujet de mon management en particulier.

Pourquoi Xavier a-t-il à si maintes reprises été rejeté par ses coaches ? Ou, pourquoi a-t-il si souvent cherché son bonheur ailleurs ? Pourquoi n’avons nous pas subi de conflit majeur à Caen ?

Je me souviens de l’impression favorable qu’il m’avait laissée lors d’un match amical entre Caen et Laval. Il semblait avoir la capacité à échapper à la vigilance adverse, à faire peser un danger à chaque touche de balle.

À son arrivée en Normandie, il voulait jouer 10. À cette position, il déséquilibrait notre organisation défensive. Par manque de rigueur. Par intermittence. Par négligence. Par idéal ? Par insuffisance d’endurance naturelle. J’en ai fait un attaquant. Pour notre très grande satisfaction. Sa technique, sa conduite du cuir, son adresse, son côté imprévisible (une partie de son caractère), son sens du jeu, du contre-pied et du but, sa créativité m’enthousiasmaient. Et m’aidaient à fermer les yeux lors de ses sautes d’humeur. Parce que dans mon for intérieur, je donnais raison à son génie, à son interprétation des arcanes du jeu, parfois incompréhensible pour ses partenaires. Je le soutenais sur le fond. Pas dans la forme de l’expression de son courroux. Certains pensent que sa carrière internationale aurait pu se révéler plus prolifique avec un meilleur caractère. Je crois surtout qu’une plus grande vitesse de course aurait fait oublier ses travers.

Dans ses nouvelles fonctions, Xavier démontre le même talent. Il a foi dans le jeu. Il donne crédit à la technique, au brio, au don, à la virtuosité. Pour de belles découvertes. Je suis avec excitation l’évolution de Jeff Louis au SMC. Lui qui m’avait charmé au Mans. Par ses bons côtés.

Allez Malherbe ! Merci Xavier.

Magie noire

L’exploit sportif parvient à nous émerveiller. De façon récurrente. La Coupe du Monde de rugby à XV m’a particulièrement intéressé. Par le panache des vainqueurs néo-zélandais. Mais pas seulement. J’ai aimé la victoire du jeu ouvert et spectaculaire, mais aussi plein de matches vivants.

Le sport collectif s’abreuve de trois vertus. L’état d’esprit, l’organisation de jeu et la condition physique. Qui s’imbriquent l’un dans l’autre. Une forme athlétique éclatante ne sera valorisée que dans un groupe bien en place, sans trou dans son placement. L’esprit de solidarité qui anime les membres d’une troupe ne récoltera des résultats positifs qu’en ne flanchant jamais dans les derniers moments.

Philippe Saint-André, mentor du 15 de France, avait tout juste sur les basiques du sport d’équipe. Le XV du coq avait la force, la puissance, l’endurance pour résister pendant toute la durée du combat. Il était remarquablement placé défensivement et son courage frôlait l’héroïsme. Il avait oublié le jeu. Fait de technique, de créativité, d’initiative, d’automatisme, d’improvisation et de talent balle en main.

Les All Black avaient tout dans leur arsenal. L’audace, la bravoure, le cœur, le cran, la hardiesse, le mépris du danger, la témérité, une vaillance hors norme dans les duels défensifs et offensifs. D’accord. La discipline de même. Le respect des règles de jeu. Du schéma tactique. De l’adversaire. Aussi. Mais plus que d’autres, ils ont réussi à marier force et vitesse, jeu collectif et exploit individuel, routine et inspiration. Quatre actions symboliques s’imposent à moi. Qui glorifient le pouvoir enchanteur de la magie noire.

Savea explose 3 tricolores venus le plaquer avant de marquer un essai. Nonu s’extirpe de la masse pour placer une accélération suivie de changements d’appui dévastateurs avant de poser l’ovale derrière la ligne. Carter réussit un drop de quarante mètres, sans élan contre l’Australie. Et ouvre commune pour le premier essai en finale. Où l’inspiration individuelle se met au service du collectif.

Les All Blacks ont réussi le mariage du talent et de la rigueur, du cerveau et du cœur, du pied et des mains, de la fantaisie et de la discipline. Qui pour une fois ne sont pas contradictoires, mais complémentaires.

La persévérance d’Olivier

Dans une carrière de football, certaines images ne s’oublient jamais. Celles d’Olivier Pickeu à l’occasion du premier entraînement du Stade Malherbe Caen à Tignes me restent en mémoire. Je découvrais un groupe lors de petits matches en salle. Olivier avait éclaboussé la séance de tous ses buts. Il était adroit face à la cage, robuste et courageux. J’avais trouvé mon avant-centre. Un Papin. Je n’ai jamais réussi à en faire un titulaire indiscutable. Je me demande encore pourquoi. Une course trop rectiligne ? Peu d’aisance dans le jeu dos au but ? Qui ne l’ont pas empêché de marquer 2 goals, douloureux pour moi, contre Caen, lors du premier match depuis son départ du SMC, avec Montpellier.

Je l’ai retrouvé plus tard, en fin de sa brillante carrière de buteur de D2. Son propos, ses analyses, son charisme m’ont impressionné. Je l’ai côtoyé à plusieurs reprises alors qu’il était devenu manager général d’Angers. Il allait droit au but, comme le joueur qu’il était. Direct. Correct. Poli. Pragmatique. Vrai. Travailleur. Sans folie. Fidèle en amitié. Il soutenait le contesté Président Willy Bernard sans rechigner, avec une reconnaissance sans faille. Comme il doit le faire avec le discret, humble et pourtant charismatique Saïd Chabane, président du SCO. Avec une communication simple et efficace. En influençant fortement la politique sportive. Réaliste. Humaine. Visionnaire. Et peu dispendieuse. Celle qu’il aurait voulu qu’on tente avec lui, footballeur?

Le parcours des joueurs de l’équipe qui étonnent la France, ressemble à celui d’Olivier. Quelques échecs avant la réussite. Ou une ascension lente, dans les divisions inférieures. Avec une unité solide et solidaire. Dans les bons moments. Dans les mauvais. Ce qui fascine encore plus. La stabilité s’affiche en maître mot à Maine et Loire. Olivier Pickeu en est le garant.

Après 11 journées de championnat, au niveau de la deuxième et troisième place, le classement de Ligue 1 est tombé sur la tête. Le SCO Angers et le Stade Malherbe Caen surprennent, étonnent. Avec leur budget, ils devraient accompagner le Gazelec Ajaccio et Troyes dans leur lutte pour le maintien. Pourtant après un peu plus d’un quart de compétition ils ont déjà obtenus la moitié des points nécessaires à la réalisation de leur objectif. Rester en Ligue 1.

Amical

Pendant une trêve internationale, alors que les internationaux s’affrontent dans un engagement féroce, les joueurs restés dans leur club se mesurent lors de rencontres amicales. Pour travailler des automatismes, pour conserver le rythme, pour donner du temps de jeu à ceux qui en sont le plus dépourvus. Dans tous les sports collectifs.

Pendant que l’équipe de France de football se montrait convaincante contre l’Arménie, puis réussissait un début tonitruant contre le Danemark, alors que l’équipe nationale de volleyball terrassait les 6 Italiens au terme d’un cinquième set échevelé et que les rugbymen se faisaient finalement concasser malgré leur vaillance hors-norme, je suis allé voir le SC Albi (club de Pro 2) se confronter au Stade Toulousain. En rugby. Et qui par bien des aspects, me rappelait le ballon rond. Comme joueur, entraîneur ou dirigeant.

Un public nombreux, bon enfant et peu supporter, attendait le plus beau palmarès de balle ovale au monde qui présentait quelques professionnels de grand renom. Bien sûr, dans la tête de la majorité des présents, acteurs comme spectateurs, le résultat était convenu. Et confirmé par le début du match. Le Stade Toulousain dominait. Sans forcer. Comme à l’entraînement. Albi s’accrochait. Avec vigueur, courage, détermination. Avec culot. Au point de provoquer des pénalités chez les rouges et noirs, pas toutes converties (5 tirs tentés pour 3 réussites et 9 points à 0 à la mi-temps). Toulouse explorait le jeu et les grands espaces. Albi le combat et le score. Au fil des minutes, imperceptiblement, l’ascendant psychologique changeait de camp.

Le Stade jouait les pénalités à la main. Systématiquement. Sans succès. Par consigne, thème de travail ou négligence ? Par suffisance ? En croyant qu’un simple coup d’accélérateur réglerait l’affaire ? Puis commençait à s’énerver, à chercher la bagarre, à récolter des cartons jaunes (2). Le match avait basculé au profit des Tarnais. Définitivement. Le résultat final 19-14 en faveur des jaune et noir reflétait bien la rencontre, malgré deux essais haut-garonnais, dont un à la dernière seconde.

Une fois de plus, en rugby comme dans tous les sports, la victoire offrait la même leçon au plus fort. Sans un investissement absolu, sans une mobilisation extrême, sans une concentration optimale, sans une agressivité sans réserve, sans une envie totale de vaincre, le revers devient possible, voire probable.

Coup de mou

Il paraissait maîtriser tous les paramètres de son métier, « Super One », et depuis le début de saison Chelsea cahote, brinquebale, tressaute, se grippe. Son ambition, sa volonté implacable, sa combativité, sa confiance en lui et dans son équipe, son pragmatisme froid allié à une intelligence aigüe, son sens tactique, sa communication quelques fois agressive, osée, habituellement habile et parfois drôle, son management loué par ses joueurs ne suffisent plus. Les blues perdent. Souvent. Trop souvent par rapport à leur niveau. En regard de leur dernière saison en Premier League.  Après 8 journées de championnat, le club londonien a déjà été défait une fois de plus que l’an dernier (4 contre 3) et encaissé plus de la moitié  des buts (17 contre 32).

Et personne ne semble comprendre pourquoi. José Mourinho non plus. Ce qui me rappelle quelques souvenirs. Une équipe se conduit comme une voiture. Accélération, coup de frein, changement de vitesse, nouvelle sollicitation des gazes. Sans jamais céder la maîtrise. En conservant les 4 roues sur la route. Autant que possible. En adaptant sa vélocité aux capacités de l’automobile et à l’état de la chaussée. Ce qui ma foi est très excitant quand on réussit à rouler à forte allure. Et que l’on dépasse les concurrents.

Malheureusement, parfois, l’équipe ne réagit pas aux impulsions données comme on l’aurait pensé, prévu, imaginé. Plus de freins ni d’accélérateur, vitesses bloquées. Panne qu’il faut réparer. Changer des pièces ? Revoir la stratégie de jeu ? Chambouler l’organisation et le placement des protégés ? Continuer sans rien toucher ? Hausser le ton ? Ou rassurer ? Écouter les conseilleurs ? Ou les joueurs, encore plus ? Faire confiance ? Moduler son management ? Les points d’interrogation s’accumulent . D’où vient le problème ? Quand est-il apparu ? Quelle est la cause du dysfonctionnement ?

En ce qui concerne Mourinho, sa collaboration avec Abrahamovic va-t-elle poursuivre ? Le mal, le doute sont-ils irrémédiables ? José, qui n’est jamais resté plus de 3 ans dans un club s’use-t-il ? Ou émousse-t-il ses joueurs ? Exige-t-il trop de ses footballeurs ? Au point de les laisser sans énergie ? Va-t-il retrouver le fil du succès ? Pour le titre, il est déjà trop tard. Serait-il soulagé d’être relevé de ses fonctions ? N’est pas Wenger qui veut.

D’autres coaches s’en sont aperçus. Favre, qui a fait grimper Moenchengladbach de la dernière place à une qualification en Ligue des Champions en 3 saisons, a démissionné après 5 matches et 5 défaites. Courbis, de Montpellier, sa gouaille, ses paroles imagées, son sens du football, végète en fin de classement avec 4 points en 9 rencontres. Rodgers, qui semblait pouvoir redonner sa fierté à Liverpool dans un style spectaculaire, vient d’être licencié.

N’est pas Wenger qui veut.

Deuil national

Lecteur assidu de l’Équipe, je constate que rarement la première page évoque un événement de portée internationale qui ne concerne pas la France ou un Français. C’était le cas samedi. Pour annoncer le défi périlleux du 15 à la rose contre l’Australie, les rugbymen anglais, revêtus de leurs survêtements frappés du mot « England » s’avançaient au-devant d’une flamme. BRÛLANT.

Bien sûr j’ai admiré le combat singulier des « rosbifs » contre les « wallabies ». Comme j’avais vu leurs déboires contre le pays de Galles. Avec délectation, impatience, inquiétude, nervosité et tension. Comme on regarde un match à enjeu. En prenant parti. Contre le pays inventeur de tous les sports extraordinaires qui nous font vibrer, encore et encore. Sans raison bien déterminée, je l’avoue honteusement.

Après un « God save the Queen » d’anthologie chanté par Twickenham, à offrir des frissons (ils sont merveilleux ces angliches) la partie commence dans une ambiance indescriptible. Par deux erreurs grossières des locaux en 3 minutes. Qui font basculer la rencontre dans le mauvais sens. Qui démontre l’effet dévastateur d’une pression populaire imparfaitement domptée. Qui annonce les prémices d’un revers.

Un coup de pied mal maitrisé qui renvoie au point de départ, c’est à dire près de son en-but, puis une faute de jugement et un pied sur la ligne à la suite d’un dégagement adverse qui donne la touche à l’adversaire, pas loin de ses poteaux.

L’Australie marque. Pénalités. Essais. L’Angleterre, malgré son courage, sa volonté et son impact physique, paraît impuissante.

Un brillant essai de Watson à la 56e et une pénalité réussie de Farrel à la 65e relancent le suspens. 13 à 20. À portée d’un essai transformé. Nouvelle incertitude. De celles qui font passer de belles soirées. Pendant 6 minutes. Avant la sortie de Farrel, impeccable au pied, pour un carton jaune suite à une charge illicite. Restent 9 minutes. Interminables. 13-33.

Pour la première fois de son histoire, l’Angleterre est éliminée d’une Coupe du monde avant la phase finale. Humiliation supplémentaire, c’est la première fois dans l’histoire de la compétition que le pays organisateur est éliminé à l’issue de la phase de poules.

Soir cauchemardesque. Mais le plus dur commence. Pour le sélectionneur Stuart Lancaster : « Nous sommes dévastés » et pour son capitaine Chris Robshaw : « Nous avons l’impression d’avoir laissé tomber le pays ». Qui seront marqué à vie. Au fer rouge. Excommuniés. Rejetés. Lynchés. Guillotinés. Le peuple, la nation ont besoin de boucs émissaires. Ils sont déjà trouvés.

Séjour nord-américain

J’étais à New York lors des matchs d’ouverture de l’US Open de tennis. J’étais à Boston pendant les premières parties de golf du Deutsche Bank Championship du PGA Tour avec la présence de la majorité des meilleurs joueurs du globe qui verra Jordan Spieth, numéro 1 mondial, rater le cut et Fowler l’emporter devant Stenson. J’étais à Québec au moment du Grand Prix cycliste de Québec remporté par Uran. Mais je n’ai assisté à aucun de ces événements majeurs. J’étais en Amérique du Nord pour conjuguer vacances avec découverte, musées, culture, vie quotidienne des autochtones, gastronomie et grands espaces.
Au retour de long périples de marches, je ne me suis pourtant pas privé de regarder la télévision et le sport en particulier. Pour constater, avec une légère tristesse au coin de l’œil que les tennismen locaux étaient privilégiés en temps d’antenne, au détriment de débats plus excitants. Et que si vous vouliez zapper le chauvinisme 50 étoiles vous tombiez immanquablement sur du baseball ou du football américain. Qui ne sont pas (encore ?) ma tasse de thé. Peu ou pas de soccer, même pendant les matchs internationaux.
Au Québec, sur la chaîne RDS, j’ai suivi l’US Open, commenté par une consultante féminine, même pour les parties masculines. Avec un rythme de parole plutôt lent, calme, sans accent québécois trop prononcé, bourré d’expressions locales, souvent traduites de l’anglais*. (J’ai eu du mal à comprendre que le bris était un break et qu’un joueur breaké était brisé). Cela m’a bien fait sourire, puis petit à petit, transporté de satisfaction. Le mot d’Hélène Pelletier, 12 fois championne du Canada et entraîneuse (entre autre) est précis, imagé et instructif. Il précède l’action, explique, dissèque d’un ton bienveillant. Il évite la critique et la leçon, piège dans lequel tombe presque tous les ex-champions. Il réussit même à couvrir d’éloge l’échec d’un coup, parce que, stratégiquement, en tenant compte des caractéristiques de chaque joueurs et du scénario de la rencontre et du score, la tentative s’était révélée la plus adaptée.

Je retrouverai avec plaisir Guy Forget et Jean-Paul Loth au commentaire en France, mais l’état d’esprit positif et bourré d’information d’Hélène Pelletier me manquera.

* En golf, le green devient le vers et le putter, le fer plat.