Coup de mou

Il paraissait maîtriser tous les paramètres de son métier, « Super One », et depuis le début de saison Chelsea cahote, brinquebale, tressaute, se grippe. Son ambition, sa volonté implacable, sa combativité, sa confiance en lui et dans son équipe, son pragmatisme froid allié à une intelligence aigüe, son sens tactique, sa communication quelques fois agressive, osée, habituellement habile et parfois drôle, son management loué par ses joueurs ne suffisent plus. Les blues perdent. Souvent. Trop souvent par rapport à leur niveau. En regard de leur dernière saison en Premier League.  Après 8 journées de championnat, le club londonien a déjà été défait une fois de plus que l’an dernier (4 contre 3) et encaissé plus de la moitié  des buts (17 contre 32).

Et personne ne semble comprendre pourquoi. José Mourinho non plus. Ce qui me rappelle quelques souvenirs. Une équipe se conduit comme une voiture. Accélération, coup de frein, changement de vitesse, nouvelle sollicitation des gazes. Sans jamais céder la maîtrise. En conservant les 4 roues sur la route. Autant que possible. En adaptant sa vélocité aux capacités de l’automobile et à l’état de la chaussée. Ce qui ma foi est très excitant quand on réussit à rouler à forte allure. Et que l’on dépasse les concurrents.

Malheureusement, parfois, l’équipe ne réagit pas aux impulsions données comme on l’aurait pensé, prévu, imaginé. Plus de freins ni d’accélérateur, vitesses bloquées. Panne qu’il faut réparer. Changer des pièces ? Revoir la stratégie de jeu ? Chambouler l’organisation et le placement des protégés ? Continuer sans rien toucher ? Hausser le ton ? Ou rassurer ? Écouter les conseilleurs ? Ou les joueurs, encore plus ? Faire confiance ? Moduler son management ? Les points d’interrogation s’accumulent . D’où vient le problème ? Quand est-il apparu ? Quelle est la cause du dysfonctionnement ?

En ce qui concerne Mourinho, sa collaboration avec Abrahamovic va-t-elle poursuivre ? Le mal, le doute sont-ils irrémédiables ? José, qui n’est jamais resté plus de 3 ans dans un club s’use-t-il ? Ou émousse-t-il ses joueurs ? Exige-t-il trop de ses footballeurs ? Au point de les laisser sans énergie ? Va-t-il retrouver le fil du succès ? Pour le titre, il est déjà trop tard. Serait-il soulagé d’être relevé de ses fonctions ? N’est pas Wenger qui veut.

D’autres coaches s’en sont aperçus. Favre, qui a fait grimper Moenchengladbach de la dernière place à une qualification en Ligue des Champions en 3 saisons, a démissionné après 5 matches et 5 défaites. Courbis, de Montpellier, sa gouaille, ses paroles imagées, son sens du football, végète en fin de classement avec 4 points en 9 rencontres. Rodgers, qui semblait pouvoir redonner sa fierté à Liverpool dans un style spectaculaire, vient d’être licencié.

N’est pas Wenger qui veut.

Le blues du Bayern

L’analyse des défaites du Bayern Munich avant le match retour de la Ligue des Champions contre le FC Bâle m’avait rassuré. J’avais alors écrit : « Malgré les défaites et l’inefficacité, j’ai beaucoup aimé. J’ai adoré la stabilité des compositions d’équipe, la permanence des choix (même dans la difficulté), la qualité de l’état d’esprit, la volonté d’attaquer et les débuts de matchs entamés pied au plancher ». Les revers avaient suivi des performances prometteuses dans l’utilisation du ballon avec une prolifération conséquente d’occasions de buts que seul un manque de réussite avait empêché de transformer en victoire.

Indépendamment de l’aspect psychologique, l’ultime fessée 5 à 2 contre le Borussia Dortmund en finale de la Coupe d’Allemagne est, pour moi, chargée de nouveaux enseignements. Elle résulte de bourdes individuelles, certes, qui ne se reproduiront pas obligatoirement. Les bévues de Boateng se sont additionnées à la balourdise de Badstuber et à la maladresse momentanée de Neuer. Pour un score calamiteux. Qui a été déclenché par l’essaim de guêpes jaunes et noires de Dortmund, agressives dans le pressing et si mobiles et véloces, qu’elles ont été capables de provoquer des points de surnombres dans de nombreux endroits du terrain. Aussi bien en défense qu’en attaque. Jusqu’à déclencher des gestes de panique chez quelques Bavarois.

Avec plus de puissance et d’expérience, mais moins de mobilité, Chelsea et Drogba, pourront exploiter des espaces que le jeu de possession du ballon, d’écartèlement de l’adversaire et de domination territoriale libère autour des défenseurs centraux. À condition de ne pas être étouffés par l’absence de contact fréquent avec le cuir. Car le Bayern détient tant de talents offensifs qu’à tout moment, il peut marquer des buts par Gomez, Robben et Ribéry, surtout. Avec un équilibre d’équipe précaire qui peut pencher vers l’avant. Comme je l’apprécie.

Depuis son entrée en fonction le 4 mars 2012, Robert Di Mateo convainc. Sans restriction. Il a effacé « Special Two » Villas-Boas. Et son projet révolutionnaire de football de demain. Sensé étourdir la concurrence à coup de formules magiques. En changeant les habitudes et en égratignant le statut de ses stars, comme c’est souvent le cas quand une solution ne s’impose pas rapidement, pour essayer de créer un amalgame explosif.

Fidèle à son vécu de footballeur volontaire, sérieux, intelligent et technique. Travailleur et talentueux. Avec un sens du jeu qu’un manque de vélocité et d’explosivité pouvaient estomper au premier coup d’œil, Roberto fait un football d’aujourd’hui. Généreux. Sincère. Sobre. Et victorieux. Chelsea enfile les exploits truffés d’émotions comme des perles. Avec la chance des audacieux qui n’hésitent pas à choisir leurs options. Que ce soit de l’attaque à tout va contre Naples ou de la défense à outrance contre Barcelone. Que ce soit de la maîtrise contre Benfica. Di Matteo connaît toutes les tactiques, les utilise avec habileté. Victoire convaincante en Cup contre Liverpool. Mais son impact sur son groupe ne naît pas que du jeu.

Son respect du footballeur et surtout de ses cadres vieillissants, Terry, 31 ans, Lampard, 34 ans et Drogba, 34 ans, régénère les âmes, ressuscite  les ardeurs et les envies, ragaillardit les mollets, réinvente la bagarre. Les vieux paraissent meilleurs que jamais, forment une colonne vertébrale solide, batailleuse, orgueilleuse. Cech retrouve le niveau supérieur qui était le sien avant son accident et le port de son casque. Même Torres envoie de plus en plus souvent des flashs éclatants du niveau de l’attaquant ravageur qu’il était à son arrivée en Angleterre. Une équipe forte dans l’axe peut voyager. Les suspensions des piliers de défense Terry et Ivanovic pour la Finale de Munich, ainsi que celle de ses voltigeurs Meireles et Ramires compliquent la tâche de l’entraîneur.

Pour terrasser le Bayern chez lui, pour apporter le Graal à son président Abrahamhovic avec une équipe qui a dépassé son zénith depuis deux ans au moins, Roberto Di Matteo aura besoin de toute sa créativité et de sa force de conviction. Avec deux options. Celle de la sagesse, avec une défense renforcée pour rassurer ses remplaçants. Ou celle de la folie, avec deux attaquants d’axe, Drogba et Torres, pour châtier Munich dans ses points faibles.

J’aurais risqué la deuxième solution. C’est pourquoi je suis assis devant mon ordinateur et pas sur un banc de touche. Avec de telles idées, je fais moins de dégâts en écrivant.