La panne de Jo

Sur le terrain, pas d’équivoque. Les meilleurs ont gagné. Proprement. Avec classe (Federer contre Gasquet). Avec talent, détermination et puissance (Federer-Wawrinka contre Benneteau-Gasquet). Avec sang-froid, courage, stratégie et précision (Monfils contre Federer). Avec sérénité, intensité et vigueur (Wawrinka contre Tsonga).

La défaite de Jo contre Stan a pris des proportions hors de propos. La mine fermée et abattue de Tsonga après le revers m’a semblé malvenue, démesurée. Nous n’en connaîtrons jamais les vraies raisons. La plus présentable reste l’hypothèse de la blessure. Qui deviendra l’argument officielle. La plus incontestable. Et qui explique la communication incertaine du clan français. Pour embrouiller l’adversaire suisse. Pour ne pas lui offrir d’indice solide pour préparer les différents duels. Pour faire jaillir un joker inattendu au dernier moment plutôt qu’avouer le forfait du numéro 1 bleu. Je peux le comprendre. Entraîneur, je l’ai tenté moi aussi.

A posteriori, après l’insuccès français, le flou des mots a provoqué malaise et interprétation des événements. Les joueurs, le capitaine, ressortent affaiblis de la perte de la Finale de Coupe Davis. L’unité du groupe semble fragilisée. Ce qui gêne plus qu’une défaite contre plus fort que soi. Dans les classements ATP et sur le court.

La face déconfite de Tsonga après l’échec m’a meurtri. J’ai été manceau. Rencontré son charmant papa. Vibré à ses exploits. Mais peut-être que son ambition personnelle et les rêves de gloire d’une nation étaient trop lourds à porter. Ou qu’une préparation trop longue n’est pas favorable, car elle oblige à se focaliser trop fort et trop tôt sur l’objectif. Ou parce que le premier match était chargé de trop certitude et d’importance. Et que hors du scénario idéal avec une victoire d’entrée, le sort de la rencontre était joué. Ce qui s’est révélé exact. Mais qui aurait pu se montrer faux.

La loi du plus fort

Bielsa l’avait annoncé. L’OM allait prendre des risques. Ce qui a été confirmé dès les premières minutes. Marseille a assailli le PSG dans son Parc des Princes, a tenté de l’assiéger. Dans un combat total, beau et loyal. Pour un défi magnifique. À l’issue très rapidement prévisible. Haletant, mais avec de moins en moins de suspense au fil du temps. Si je m’en tiens à deux de mes phrases favorites.

« Une équipe ne peut dominer totalement l’autre que pendant 15 à 20 minutes ». Après, elle paie son surrégime, si son effort n’a pas été récompensé par un but. « Une équipe qui a trois occasions sans marquer, va obligatoirement le payer ». Dans la vie, comme dans le football, quand tu laisses passer ta chance, elle ne se représente pas de si tôt.

Marseille superbe de panache a subi la loi de mes deux sentences. Payet, peu de temps avant la le thé, en tentant une volée, aurait pu anéantir mes élucubrations. 2 minutes plus tard, Mendy, trop précautionneux sur le centre de Lavezzi, contré par Lucas sur le 1-0, a confirmé la malédiction.

À la mi-temps, l’OM se trouvait déjà dans une situation défavorable. La réussite avait choisi le camp des meilleures individualités. L’arbitre a favorisé le destin le en expulsant Imbula. Le 2-0 de Cavani a tué le suspense. Restait un festival de beaux gestes. Merci Ibra. Merci à Pastore. Merci à tous pour cette superbe soirée.

Les bleus font mal

Je ne l’ai jamais réussi quand j’étais en activité. Je n’allais pas pouvoir le faire hier soir. Observer deux adversaires d’un même œil, leurs intentions, leurs stratégies, leurs tactiques m’a toujours paru impossible. Pauvres journalistes! Par contre en me concentrant sur une équipe, je parviens tout de même à déduire le comportement de son opposant.

Bien sûr, j’ai surtout regardé la sélection de l’Arménie de mon ami Bernard Challandes. Et paradoxalement, je l’ai trouvé en progrès. En tout cas jusqu’au penalty transformé par Gignac, à la 56e minute, qui a signé le glas des espoirs des locaux. Ensuite, la fatigue des héros ayant contraint la Serbie à l’égalité, a pesé dans les jambes, autant que l’arrivée de remplaçants de moindre talent. Au point d’estomper la première bonne impression. Et de se remémorer que tous les footballeurs du groupe de Bernard réunis ne gagnent pas le salaire mensuel d’un seul international français.

Avant la fantastique chevauchée de Pogba qui a fait basculer l’équilibre des débats, l’essentiel du comportement tactique arménien en 5-2-3 a été bien maîtrisé, hormis quelques détails qu’il faudra réviser, surtout sur un plan défensif. Le marquage dans le dos du 3ème central lors des centres. Quelques alignements de la défense. La sortie plus prompte du latéral côté ballon. Et quelques fautes de relances dangereuses sous pression.

L’équipe de Deschamps m’a beaucoup plu. Son sérieux et son panache. Son pouvoir technique et athlétique. Son jeu fluide et percutant. Son esprit d’équipe. Et quelques joueurs, je l’ai déjà écrit ailleurs, qui deviendront des stars mondiales comme Varane et Pogba. Qui déclassent les autres bleus. Comme un bon Gignac par exemple.

L’OM de Bielsa

Le jeu de l’Atletico Bilbao de Bielsa m’avait tellement enthousiasmé que j’avais fait enregistrer des DVD dédiés aux éducateurs de LEMANS FC pour qu’il l’étudie. J’ai trouvé le même plaisir à regarder l’OM contre Caen. L’intensité des débats, la générosité et les prises de risques marseillais m’ont ravi. Et mériteraient d’inspirer d’autres entraîneurs.

La variété des passes épate. Courtes, longues. Derrière, sur le côté, et devant, souvent. Prioritairement. Enfin. Dans la direction du jeu. En profondeur, à maintes reprises. Ou par de grandes transversales. Sans peur de la perte de balle, sans sécuriser le geste à l’extrême. Car le déchet technique permet de déclencher le plan d’urgence. Sprint effréné pour récupérer le cuir. À fond, sans limite, sans relâche, sans cesse. Jusqu’à l’épuisement de l’antagoniste, pour l’instant.

L’anticipation dans le duel et le tacle retrouvent leurs lettres de noblesse. Le dribble pareillement. Ayew transperce 4 adversaires, parfois. Imbula s’infiltre, Payet tente, distribue, Thauvin s’échine. Gignac marque et se démène comme un diable.

L’OM revit. Nous aussi.

France – Allemagne

Les quarts de finale de la coupe du monde sentent la poudre. Qui peut faire exploser tous les a priori, les préjugés et les statistiques. Sous forme de feu d’artifice chargé d’émotions, de rebondissements et de panache. Si les sélections qui prônent l’état d’esprit le plus offensif et le style de jeu le plus attrayant l’emportaient, la Colombie, la Belgique et les Pays-Bas retrouveraient le vainqueur de France – Allemagne en demi – finale. Avec 3 Européens parmi les 4 qualifiés sur sol-sud américain. Ce qui n’arrivera pas, parce qu’à ce niveau de compétition, le manque d’expérience et l’arbitre feront souvent pencher la balance au profit du plus réputé.

Le choc France – Allemagne apparaît très équilibré. Sans avantage marqué, sans prééminence manifeste. Les deux pays les plus peuplés d’Europe, qui se sont battus sur d’autres terrains au 20e siècle, se combattront avec fougue, sans ressentiment, loin des relents d’une histoire qui ne concerne plus les acteurs en culotte courte. L’affrontement sera acharné, farouche et loyal.

Chaque team a présenté des visages contrastés. Avec beaucoup de qualités et au moins un défaut majeur constaté pendant leur dernier match. Deschamps devra résoudre le problème Benzema, qui n’a pas défendu et peu réussi avec le cuir en position d’ailier gauche contre le Nigeria (j’envisage plus un blocage inconscient provoqué par la frustration qu’une intention de sabordage). Loew aura à maîtriser la cohérence de sa stratégie. Qui s’inspire plus du Bayern Munich et son désir de possession de balle que du style vertical du Borussia Dortmund, plus germanique. Et qui ont surligné en rouge la lenteur de Mertesacker lors des contre-attaques algériennes.

La composition d’équipe de la France permettra de flairer la tactique. Qui devrait privilégier un pressing haut, comme contre la Suisse plutôt que de préférer un recul dans son camp, comme contre le Nigeria pour enlever de la profondeur à la rapidité des avants adverses. Sauf blessure de dernière minute, Lloris gardera la cage. Debuchy, latéral droit, avec son volume de course considérable et sa gestuelle fiable se projettera vers l’attaque. Comme Evra, en souffrance contre les Africains. L’axe central sera tenu par Varanne, souverain, athlétique, véloce, propre techniquement, plein de sang-froid. Le meilleur stoppeur de la compétition (?) sera secondé par Sacko, guerrier, musclé et vite, qui autorise à évoluer loin de ses buts. Cabaye, hyperactif, pertinent offensivement, consciencieux, doté d’un bon tir et Matuidi, infatigable, généreux, précis, percutant vers l’avant seront chargés d’étouffer le jeu germanique avec Pogba ou Sissoko. Valbuena, lutin, feu follet, homme libre de ses mouvements à partir de la droite, voudra perturber les grands gabarits de sa taille de puce. Avec Griezmann à gauche, 1,76 m, tonique, très vif, habile de ses pieds, imaginatif, il composera un trident (au détriment de Giroud) à géométrie variable autour de Benzema, joyau de la couronne. À qui Didier Deschamps a réussi à greffer combativité, sourire, joie de vivre et de jouer. Sauf contre le Nigeria lors duquel Karim a retrouvé l’expression d’un certain malêtre agaçant qui empêche l’éclosion totale de son énorme talent.

À mes yeux, en essayant de décrypter le fonctionnement basique de DD, je miserai sur la titularisation de Sissoko plutôt que celle de Pogba. Paul, doué, créatif, parfois génial fait preuve de plus d’inconstance dans l’effort et dans la gestion de la sphère que Moussa. Et si Didier adopte le harcèlement intensif comme stratégie première, l’ex-Toulousain sera présent. Pour apporter son poids, sa taille, sa vitesse, son abattage et sa discipline face à la plus grande équipe en taille du tournoi. Celle aussi qui gagne le moins de duels parce qu’elle veut la possession de balle.

Les choix de Joachim Loew seront plus fondamentaux. Parce qu’ils touchent la logique globale du style de la Nationalmanschaft. Qui manque de cohérence à cause d’ arrières centraux évoluant à distance considérable de leur but pendant d’interminables périodes de domination. Donc qui évoluent souvent hors de leurs points forts (duel et jeu de tête) et qui souligne leur absence de rapidité au moment de longs sprints. Les prémices de cette faiblesse étaient déjà apparues à Fortaleza lors du match Portugal – Allemagne (0-4) que j’ai vu, avant la sortie de Pepe sur expulsion et celle de Hummels à la suite d’une blessure. Si j’avais adoré les courses en profondeur de 4 ou 5 footballeurs germaniques derrière une défense portugaise alignée à bonne distance de son gardien, j’avais remarqué l’inconfort de Mertesacker dans les grands espaces.

Neuer, exceptionnel même loin de sa surface protégera la cage. Mertesacker, gros cœur, caractère bien trempé sera positionné au côté de Hummels, combattant féroce et technique, dans l’axe central. Boateng, un peu contre nature évoluera latéral droit et Höwedes, complet, à gauche. Le milieu de terrain à 3 constitue l’atout majeur des Allemands. Lahm, avec en pointe basse, Kroos et Schweinsteiger, savent tout bien faire. Avant-centre, Müller impressionne par son adresse, sa mobilité et son instinct de buteur. Dans un bon jour, avec du temps et de l’espace, Özil, faux attaquant, peut multiplier les tours de magie. Je préférerais Schürle, actif, généreux, percutant et véloce à Götze, immense talent offensif.

J’espère une ouverture du score rapide des bleus. Pour débrider le match. Pour le lancer sur une base de folie. Car de tout temps, les Allemands ont su tout risquer. Pour revenir à la marque, ils n’hésitent pas à s’exposer à prendre une raclée. Ce qui est excellent pour le spectacle.

Les dessous d’une fessée

Mon programme de voyage au Brésil , organisé avant le tirage au sort, présentait un point de faiblesse, que je n’ai pas réussi à contourner. Le vendredi 20 juin, je décollais de Salvador à 16h08, soit 8 minutes après le début du match Suisse-France. J’ai certes pu retrouver dans la mi-journée des visages connus grimés aux couleurs nationales dans le Pelourinho, qui appartient au patrimoine mondial de l’humanité. Je pensais n’apprendre le résultat du choc qu’à l’atterrissage à Belo Horizonte.

Bonne surprise, l’avion de la compagnie Azul disposait de petits écrans et diffusait la rencontre en direct. Bonne surprise, à la mi-temps, mon cœur me confirmait que je n’avais pas renié ma citoyenneté d’origine, l’humidité de mes yeux avait choisi son camp. Même si je voyage avec mon passeport français.

Le match a bien mal commencé pour les Helvètes, avec des Français qui avaient fait leur la devise olympique : « plus vite, plus haut, plus fort » et plus technique aussi. Et qui contrait une équipe à croix blanches au jeu ambitieux, avec des latéraux offensifs, partis vers l’avant et sortis de leur rôle défensif à la perte de balle, ce qui arrivait régulièrement après 5 secondes de possession pendant les 15 premières minutes. La déroute suisse aurait pu être évitée, malgré la différence de niveau du début, avec beaucoup de si, que j’effacerai immédiatement après les avoir évoqués.

Si Von Bergen n’avait pas été blessé, peut-être qu’il aurait soulevé sa jambe gauche avec plus de promptitude  que Senderos au moment de la passe géniale de Pogba à Benzema pour le quatrième but. Si Benaglio avait fait preuve de plus de détente sur le coup de tête de Giroud pour le premier but (ou laissé Rodriguez sauver sur la ligne). S’il avait mieux fermé son angle au premier poteau lors du goal de Matuidi (2-0). Ou si le joueur offensif (?)  chargé de reculer avait neutralisé Giroud dans son sprint de 60 mètres en profondeur, à la suite d’un corner en sa faveur (3-0).

La Suisse a pris une belle fessée parce qu’elle a accepté de découvrir son arrière dès le commencement (sans souci de défendre à outrance). Avec une volonté d’avancer, avec une envie de dominer tout de suite étouffée dans ses prémices et foudroyée par la fulgurance des flèches empoisonnées frappant son but. C’est bien la machine annoncée par Othmar Hitzfeld (un rouleau compresseur de très forte cylindrée) qui s’est mise en branleà partir l’entame. Et avec une réussite immédiate.

Deschamps avait bien préparé son affaire. C’est ce que me laisse penser l’ouverture du score. Giroud s’étant placé nettement hors de la couverture en zone des rouges et blancs sur corner. Quand il a pris le ballon, il arrivait lancé, en course avant pendant que les Suisses reculaient. Net avantage Giroud. Plus vite, plus haut, plus fort. Et coup de tête puissant. 1-0. Et fin des illusions deux minutes plus tard.

Hitzfeld se trouve devant un sacré dilemme avant le dernier défi qualificatif. J’ose croire qu’il saura le relever avec confiance, sang-froid, détermination et audace. Comme il l’a fait à la mi-temps. Où un entraîneur latin aurait fermé la boutique pour éviter la débandade, il a continué à risquer, à jouer à quitte ou double, comme un Allemand qui jette toutes ses forces jusqu’à la dernière minute. Et là, quand le rythme a un peu baissé, les arrières-petits-fils de Guillaume Tell ont démontré de belles qualités de cœur et de jeu.

Hop Suisse !

Didier Deschamps

Il ne siège pas au sein de la trilogie du panthéon du football français, issue de l’immigration. Son nom possède une consonance francophone et non polonaise comme Kopa(szewski), italienne comme Platini ou kabyle comme Zidane. Le patronyme Deschamps sent l’humus, le sillon et le labour. Le bon sens terrien avec les pieds solidement campés sur le plancher des vaches. Didier n’a jamais possédé la fulgurance géniale des Dieux du stade, mais il a mené son chemin avec ambition, courage, patience, combativité et ténacité. Pour atteindre la plus haute marche du podium.

Trente ans de football lui ont permis de remplir comme nul autre tricolore sa vitrine de trophées. Il est champion du Monde et d’Europe avec Zizou, champion d’Italie et vainqueur de la Ligue des Champions une fois de plus que Zinédine. Ce qui lui octroie le plus beau palmarès hexagonal (si l’on considère comme moi que les titres acquis en sélection nationale valent plus que les sacres conquis en club). Deschamps a glané plus de lauriers collectifs que Kopa, Platini ou même Zidane. Qu’il soit devenu le plus médaillé des footballeurs bleus n’en fait pas pour autant le plus populaire. Après la victoire, l’opinion publique préfère souvent l’imprévisibilité des artistes et l’évanescence de la création au labeur constant et efficace des hommes de devoir.

L’occasion m’a été offerte de suivre une des conférences de presse de DD avec des journalistes de différents médias étrangers, deux mois avant le début de « Brasil 2014 ». Le laps de temps qui nous séparait de la compétition et la provenance géographique des reporters gommaient toute menace de polémique. À destination de Didier, pas de question piège ni de pique vénéneuse. Deschamps a répondu avec précision dans sa langue maternelle, avant de conclure pendant cinq minutes dans l’idiome de Dante qu’il manie parfaitement. Du global, de l’hexagonal, de l’international aussi. Pendant une heure, DD, habitué à la dissection microscopique de ses mots, n’a commis aucun impair de langage. Il n’a perpétré qu’un oubli mineur qu’il a corrigé deux fois. Une première fois quand un journaliste allemand lui a demandé s’il ne comptait pas l’équipe de Löw parmi les favoris. Une deuxième fois, à l’issue de l’interview, lorsqu’il s’est approché des rédacteurs germaniques pour répéter que son omission n’était que trou de mémoire dans l’énoncé d’une liste consistante.

L’apparence physique de Deschamps dégage une solidité considérable, son visage aussi. Son faciès est volontaire, vigoureux, carré. Avec le temps, son propos, lui, est devenu rond, sans aspérité. La cohérence extrême de sa pensée et son esprit pragmatique soulignent les priorités qu’il prescrit en laissant une totale liberté d’interprétation de ses propos simples. Pour pouvoir camper sur ses analyses, sans vouloir les imposer aux autres. L’esprit gouailleur du footballeur, qui démontrait la vivacité de ses méninges avec de mordantes réparties pour régner sur ses coéquipiers chambreurs, s’est estompé. Il ne l’utilise plus qu’au compte-goutte. Pour se marrer. Pour faire rire. En jouant sur le poids de mots et en s’autorisant, par exemple, à expliquer à l’auditoire, avec le sourire charmeur, qu’une « vingtaine » signifie plus ou moins vingt, et non vingt tout ronds.

Quand le reporter romand de la RTS a affirmé que depuis six mois l’équipe de France montait en puissance (opinion que je partage totalement) et qu’elle a apporté une petite confirmation contre les Pays-Bas, Didier s’est amusé de l’adjectif : « – petite ? » avant de se réfugier dans la narration factuelle des derniers matchs sans surévaluer la qualité de sa sélection. Pour éviter de devenir un favori.

Quand un autre envoyé spécial l’a interrogé au sujet des titulaires indiscutables de son escouade, il a badiné en déclarant qu’il était le seul français certain d’aborder le premier match de Coupe du monde parce que lui, il ne risquait pas de se blesser. Ce qui, sans avoir l’air d’y toucher, l’autorisait de dire à mots couverts qu’il est bien le boss incontournable et aussi, que les choses du football sont bien plus fragiles qu’elles ne paraissent. Avant de complètement adhérer aux noms des joueurs qui lui ont été suggérés pour encadrer son équipe sur le terrain. Il a osé le point d’interrogation avant d’épouser la parole de l’interlocuteur. Il a ensuite offert à l’opinion publique de chaque pays son lot de compliments attendus. Avec réalisme. Sans en rajouter.

Ainsi en est-il allé de l’Helvétie. Il s’est incliné devant la valeur de la tête de série du groupe E et son excellent 8e rang au classement FIFA, fruit de nombreuses années de bons résultats. Il a reconnu l’expérience supérieure de son coach Othmar Hitzfeld, a admiré son palmarès et décrit avec précision son 4-2-3-1 qu’il a déjà visionné à plusieurs reprises, même si de multiples autres DVD attendent encore son œil expert. Il a respecté cette équipe qui se regroupe très vite et qui attaque avec une vélocité féroce. Il a cité les cadres qui évoluent dans des grands clubs pour bien faire comprendre toute l’estime qu’il leur porte. Et il a conclut que la Suisse sera favorite de sa confrontation avec la France le 20 juin à Salvador.

Si une heure de dialogue avec la presse européenne ne permet pas de grandes révélations, elle suffit tout de même à décrypter l’entraîneur, ses valeurs et son fonctionnement. La pertinence de sa perception de la réalité, sans fard ni faux semblants, s’impose. Il évoque des faits cohérents, reconnus, indiscutables, sans toujours en livrer son interprétation, qu’il laisse au libre arbitre de son interlocuteur. Et qu’il se plait à nuancer en ne lui accordant que la valeur d’une hypothèse.

Son credo est imprégné de concepts évidents et éprouvés. Il attache une importance primordiale au résultat, car « quand on gagne tout va bien ». Il recherche avant tout la compétitivité sur le long terme, la maîtrise des événements et s’adapte au moment présent. Il veille à ce que le projet sportif collectif prenne le pas sur l’objectif individuel. Il accepte l’idée que tous ses joueurs ne soient pas des amis, s’ils sont tous des compétiteurs et qu’ils évoluent avec détermination, conviction et émotion. Et qu’ils se sentent dans la peau de privilégiés, même s’ils sont remplaçants.

C’est d’ailleurs à l’aide d’un tel raisonnement qu’il a barré le nom de Samir Nasri de sa liste de 23+7. Et avec de petites phrases sans équivoque. « Je ne suis pas sur la forme du moment ». « Pour bâtir la meilleure équipe possible, il faut sélectionner les meilleurs, penser à ceux qui joueront moins et à ceux qui ne joueront pas du tout ». « Avec Samir, on parle d’un joueur de qualité, bien évidemment. Il a eu sa chance en équipe de France (41 sélections) et il n’a pas été à la hauteur de ce qu’il fait avec Manchester City. Il l’a dit lui-même : quand il est remplaçant, il n’est pas content. Je peux vous assurer ça se sent et ça se ressent. » Pour éviter des problèmes, Deschamps renonce à une bonne solution, qui aurait pu remettre en cause son 4-3-3 avec un milieu défensif et deux milieux relayeurs.

À l’issue de la réunion collective, j’ai eu le privilège de rencontrer Didier en tête à tête dans son bureau de la FFF. Pour une vingtaine de minutes qui se sont transformées en une trentaine. Pour gratter sous les poncifs, pour éclairer des zones d’ombre. Immédiatement, un contact imprégné de confiance et de respect s’est établi. Assis sur le bout de son fauteuil de cuir, penché en avant, attentif à mes mouvements pour s’y adapter comme un miroir, il a parlé vrai, juste, avec un réel sens des priorités.

Il m’a conté sa semaine de stage à Saint-Étienne, accompagné de ses parents, à l’âge de treize ans (j’ai entendu parler de Deschamps pour la première fois en 1983, de la bouche de Garonnaire, le recruteur mythique des verts). Il m’a décrit Suaudeau, Blasevic, Goethals, Ivic, Lippi et Jacquet, qui sont tous source d’inspiration. Il m’a dépeint Coco, son sens du jeu, de l’entraînement, du comportement tactique et ses sautes d’humeur. Il m’a raconté Miro malicieux et rusé qui l’a nommé capitaine. Il m’a relaté Raymond, parfait à Marseille, avec sa distance bienveillante vis-à-vis d’un environnement bouillant. Il m’a expliqué l’échec de Tomislav, beaucoup trop exigeant à l’égard de son groupe. Il m’a loué Lippi, sa rigueur tactique et ses exercices quotidiens pour améliorer l’organisation de jeu, sa relation humaine avec ses joueurs et son expression orale habile. Il a volé au secours de la communication publique embrumée d’Aimé pour déclamer la grandeur de l’homme et de l’entraîneur, sa stature imposante à la tête d’un groupe. Et j’ai acquiescé à toutes ses descriptions qui collaient à mes ressentis lors de mes rencontres avec ces sommités. Il m’a fait l’honneur de confesser (il connaît mes penchants concernant le jeu…) que seul son AS Monaco, après trois ans de travail continu, a joué un football attrayant.

Nous avons parlé de la préparation nécessaire aux conférences de presse, de l’énergie qu’elles coûtent, de la vigilance extrême pour éviter la polémique, de l’obligation de ne pas lire les commentaires ni de les entendre pour ne pas vouloir régler des comptes avec la presse. Et je lui ai finalement avoué avoir utilisé un de ses interviews au moment de ses déboires à Marseille (série négative record de l’histoire du club) lors d’un cours donné à des étudiants de la Business School de Toulouse, pour expliquer l’extrême difficulté de la fonction d’entraîneur. Son discours était cohérent, son verbe précis, sa parole ferme. Comme toujours. Mais son visage marqué, son teint blême, son cheveu subitement blanc, ses rictus de malaise trahissaient une lassitude immense, une fatigue incommensurable. À tel point, qu’à la vue des images, j’ai immédiatement cru que nous étions contemporains.* Donc qu’il approchait la fin de sa carrière de coach. Quand je lui ai livré l’anecdote, il a aussitôt surenchéri en reconnaissant qu’à cette époque, il était miné par des problèmes insolubles, que l’ambiance était exécrable, qu’il pesait dix kilos de trop. Et qu’il a vécu une période infernale après avoir été à la tête de l’OM lors de la conquête des ses derniers titres (un titre de champion et deux Coupes de la Ligue).

C’est un Deschamps ragaillardi par la fonction de sélectionneur, à nouveau symbole de victoire, qui dirigera les bleus contre la Suisse. La bataille sera terrible. Othmar Hitzfeld est prévenu.

* Nous avons vingt ans de différence

Avec ou sans Blanc ?

Le commentateur possède le privilège immense de pouvoir émettre son opinion après les choix des autres. Et il ne s’en prive pas. Après les 2 défaites 2-0 subies par la France contre la Suède et l’Espagne à l’Euro 2012 suivant une série de 23 matchs sans défaite, les mauvaises notes vont tomber. Sur le Président de la Fédération Française de Football, Le Graet, qui n’a pas renouvelé le contrat de Laurent Blanc avant la compétition. Sur le sélectionneur qui a fait jouer un latéral droit en position d’ailier contre la « roja ». Sur les joueurs qui n’ont pas assez tenté sur le terrain. Sur les bavards qui n’ont pas respecté l’omerta du vestiaire qui veut que le linge sale se lave en famille après les défaites. Sur les journalistes qui révèlent les algarades d’après match.

Le sujet primordial concerne le futur de l’entraîneur national. Blanc ? Ou non ? Laurent voudra-t-il continuer son œuvre ? Telle peut être la question. Qui doit offrir une réponse affirmative. Il a redonné tenue et résultats à une équipe de France qui avait indécemment égratigné son image en Afrique du Sud. Il a patiemment construit une équipe, une logique, un football. Il a cru, dès le départ, à certains joueurs qu’il a imposés, bon an, mal an dans la colonne vertébrale de son onze. Lloris dans les buts. Rami et Mexès (qui ne lui a pas rendu, en arrivant avec 5 kilos de trop en Ukraine), M’Vila (qui s’est blessé avant la compétition) et Benzema (qui a souvent marqué en bleu, sauf en ce mois de juin).

La présence fondamentale de ces éléments clés implique un projet de jeu plus technique avec un soin considérable porté à la circulation du ballon, voire à sa conservation immodérée (j’en rêvais, l’Espagne l’a fait et ce n’est pas très joli à voir). Le footballeur vu par Laurent n’exclut pas les « régaleurs de chique », ces joueurs amoureux fous du cuir, qui dribblent, qui portent la sphère, qui rechignent parfois à la passe. Et à défendre. Et qui par là, nous exaspèrent parfois. Je nomme Ben Arfa, Nasri et Menez en particulier, que Blanc espérait inscrire dans un collectif intelligent et complice.

Le match contre l’Espagne ne peut constituer l’étalon qui permet de juger du niveau d’une équipe. Parce que pour attaquer, il faut avoir la pelote. Sans munition, pas de tir. Sans contact avec le porteur de la bille, pas de duel. Sans duel, pas de combativité. Sans combativité, pas de présence. Parce que les Espagnols sont devenus les rois du jeu (court) dans l’intervalle, entre les lignes des organisations en zone. Entre le milieu et la défense. Entre le milieu et l’attaque. Sans avant-centre fixé dans l’axe, où l’adversaire les attend en vain, les Espagnols multiplient les surnombres. D’un côté. Puis de l’autre. Passe d’un joueur libre à un joueur libre. Passe d’un joueur libre à un joueur libre. Passe d’un joueur libre à un joueur libre. Etc… L’adversaire devient fantomatique. On ne se rend même plus compte. Qu’il court ! Qu’il court ! Qu’il court ! Après la boule. L’équipe de Del Bosque chloroforme l’adversaire, le match, le spectateur. Le dialogue de la rencontre devient monologue, verbiage égoïste.

Personne n’a vraiment réussi à reprendre la parole face à cette logorrhée fatigante. Les solutions sont rares. Contre Barcelone, Chelsea a décidé de camper dans sa surface et à dresser des barricades. Avec succès. La Croatie a repris la formule, en jouant un peu plus haut face aux compères de Casillas. La France a tenté le même schéma. Patatras.

Je vois 3 contrepoisons pour résister aux somnifères ibériques. Au risque de s’empoisonner soi-même. Premièrement, en supprimant les intervalles. En revenant au marquage individuel de ma préhistoire. Deuxièmement, en campant dans le camp adverse, puisque Del Bosque renonce à la vitesse d’attaquants capable de faire des différences sur longue distance dans le dos de la défense. Troisièmement, en changeant les lois du jeu et en les calquant sur celles du basketball ou du handball, sport dans lesquels le temps de possession et le retour en zone de défense sont strictement limités.

J’espère profondément que le Portugal, qui fait très bonne impression jusqu’ici ou que l’Allemagne, excellente aussi, sauront mater les ensorceleurs rouges pour ne pas être tenté par la troisième idée.

Mieux en Blanc, les bleus !

Les dernières images de l’équipe de France en tournoi final, en 2010, ont déclenché la nausée. Anelka, victime de ses excès égocentriques, qui devient le premier bouc émissaire et évacue la compétition. Un groupe qui refuse de descendre du bus pour s’entraîner. Un sélectionneur qui lit un texte concocté par un agent de joueur. Une défaite contre l’Afrique du Sud. Le KO suit le chaos. Et pour abimer encore plus l’iconographie, au final, Domenech refuse de serrer la main de Parreira.

La chasse aux sorcières suit la débâcle. Domenech, contradicteur permanent, est fusillé au poteau de son management décousu et de son esprit provocateur. Les gentils sont opposés aux méchants. Les blancs aux noirs. Les musulmans aux autres. Finie l’époque idyllique du « Blacks, Blancs, Beurs » des champions de 1998. Pour trouver les coupables, le racisme devient cause ou alibi.

Dans un contexte agité et baigné de désamour, Laurent Blanc succède à Domenech. Changement de coach. Changement d’allure. Enfin un certain style et même un style certain.

Souvent, le footballeur laisse présager l’entraîneur qu’il sera. Laurent joueur, jeune milieu de terrain offensif de Montpellier, échassier majestueux au port de seigneur, œil vif, foulée harmonieuse à défaut d’être vive, pied précis, inventif et souvent foudroyant, jeu de tête ravageur, intelligence de jeu cinq étoiles, peine parfois a imposer sa classe. Par manque de jambes pour échapper au marquage individuel d’alors.

À Montpellier, par alternance, Aimé Jacquet le teste en défense centrale. Pour finalement l’imposer dans cette position. Sans qu’il ne devienne jamais un vrai défenseur aux yeux des puristes. Qui lui reprochent son manque d’agressivité dans le duel ou son absence de méchanceté. Il défend avec intelligence. Lit le jeu. Anticipe. Et relance comme un dieu. Au point de récolter un surnom à Marseille : « Président », pour son influence sur l’équipe, sur et en dehors du terrain, après des passages à Naples, Saint-Étienne, Auxerre et Barcelone, avant l’Inter Milan et Manchester United. Avec 20 ans de carrière, 717 matchs en club (141 buts) et 96 en équipe de France (16 buts).

Entraîneur, il ne se départit jamais d’une grande maîtrise. Qu’il n’avait perdu qu’une fois comme joueur. En giflant Bilic, geste sanctionné d’un carton rouge à la suite d’un accrochage avec le Croate en demi-finale de Coupe du Monde 98. Qui lui aura fait rater le rendez-vous de sa vie. Il est plein de réserve et de retenue pour exprimer ses émotions. Cérébral, toujours sous tension, il conduit ses équipes avec une exigence jamais assouvie. Il décline avec persistance son credo d’un football technique, intelligent, avec un soin particulier porté à la circulation du ballon. Sans jamais oublier de jouer pour triompher. Car ses équipes gagnent. Un titre de champion de France avec Bordeaux. Et la France reste sur 16 matchs sans défaite (avec des victoires en Angleterre et en Allemagne).

Il communique avec prudence et précision, parle vrai, mais pèse chaque mot avant de le prononcer. Car il sait que chaque parole inadaptée peut se retourner contre lui. Son « grand black » proféré dans une réunion technique interne à la Fédération l’a fait vaciller dans son leadership. Où il employait un stéréotype signifiant : grand, fort, vite et individualiste, certains ont voulu comprendre racisme. Alors qu’à mes yeux, il ne s’agit que d’un projet de jeu. Favorisant plus la qualité collective que le potentiel individuel.

Le fil rouge de son action se trouve dans sa première sélection. Il a offert sa première cape à M’Vila, en position de sentinelle devant la défense. Malgré son 1,82 m et sa carnation noire, Yann est surtout un superbe footballeur, précis et technique, qui fluidifie le jeu. Il a offert sa confiance à Rami et à Mexès, parfois fantaisistes, en charnière centrale et à Benzema en attaque, sans jamais déroger à son choix premier, même pendant les périodes de méforme en club. Pour en faire une colonne vertébrale de qualité.

Blanc a changé la pigmentation de son équipe (9 noirs à Bloemfontein pour 3 noirs contre la Serbie), mais il a surtout transformé la couleur du football de la France, avec ces footballeurs d’origine maghrébine Rami, Benzema, Nasri et Ben Arfa), amoureux fou du ballon. Qui a réussi une mi-temps presque parfaite contre l’équipe de Mihailovic.

Le temps du désamour

    Raymond Domenech est l’entraîneur qui a dirigé le plus souvent l’équipe de France dans son histoire. Ses statistiques sont flatteuses : 76 matches, 41 victoires, 23 matches nuls, 12 défaites, 109 buts marqués et 51 buts encaissés. S’ajoute une finale de Coupe du monde en 2006.

    Mais jamais coach n’a déclenché autant de réactions négatives à son égard. Le personnage n’est pas aimé. Il rebute, comme le poil à gratter. Il repousse, ne se laisse pas approcher. Pourtant les personnes qui ont réussi à s’immiscer dans son intimité décrivent une grande sensibilité, une superbe humanité, une intelligence vive. Dans sa sphère privée, il séduit. Attirance qu’il ne parvient pas à déclencher dans sa vie publique. Raymond est un provocateur. Son verbe persifle. Son trait d’humour blesse. Son mot agit comme une flèche empoisonnée. Son arsenal dialectique cloue, épingle, pilonne. Pour protéger une sensibilité à fleur de peau ?

    Son faciès est gaillard. Cheveux poivre et sel en bataille tirant vers le blanc de la sagesse. Sourcils broussailleux. Yeux laser. Nez aquilin. Menton volontaire. Une vraie face de mec, toujours sous tension, sous contrôle, rarement relâchée ou amicale. En position défensive. Par pudeur ? Par timidité ?

J’ai subi trop de prises de bec avec Raymond (à cause d’un mode de communication assez proche dans sa maladresse) pour pouvoir l’aimer. Comme une majorité de Français qui vivent le personnage comme quelqu’un d’arrogant et de hautain. Mais ce ressentiment brouille l’analyse. Domenech pêche-t-il dans la forme, c’est-à-dire dans la communication, ou dans le fond, dans sa compétence d’entraîneur ?

    À mon sens, le rejet que provoque son discours irrite à tel point l’opinion publique que celle-ci se crispe sur le superflu pour oublier l’essentiel, son travail de terrain. Et dans ce domaine, il laisse poindre quelques lacunes.

Sauf lors de rares exceptions, le jeu de l’équipe de France ennuie. Il fait partie de l’héritage d’Aimé Jacquet dont Raymond fut le joueur à Bordeaux d’abord et l’élève ensuite. Au fil des ans, l’assise défensive et la volonté de conserver le ballon des champions du monde de 1998 ont fait place à une expression très défensive s’appuyant sur les contre-attaques d’attaquants individualistes et très véloces. Les certitudes ont aujourd’hui disparu. La défense a perdu son imperméabilité, le milieu subit, l’attaque toussote. L’équipe de France cherche son style, ou pour parler plus crûment, n’en a pas. Domenech tâtonne. Il n’affiche pas de convictions fortes qu’il pourrait véhiculer et sur lesquelles il pourrait s’appuyer. Aucun fil rouge n’émerge pour éclairer la conduite de la démarche de football. Les questions restent sans réponse. Quelle organisation de jeu ? Quelle logique tactique ? Quel capitaine ? Quel(s) leader(s) ? Quelle défense centrale ? Quelle attaque ?

    Seule certitude, le côté gauche fonctionne bien. Evra de Manchester United s’harmonise avec le milieu Malouda de Chelsea et l’attaquant Ribéry du Bayern de Munich. Mais tout le monde le sait, le football se gagne dans l’axe. Derrière. Et devant. Et là, l’équipe de France et Domenech baignent dans le flou. Avec Gourcuff ? Avec Anelka ? Avec Henri, victime d’une malédiction depuis son jeu incorrect de la main lors du match qualificatif contre l’Eire ? Avec Henri et Anelka ?

    Ces bleus sont imprévisibles. Les voyants sont au rouge. Ribéry et Henri ont raté leur saison. Même si rien ne m’amène à y croire, tous ces éléments négatifs portent les prémices de l’exploit. L’histoire de la Coupe du Monde fourmille d’équipes mal aimées ou mal en point, qui se sont frayé un chemin jusqu’au trophée.