Pouille? Pas Pouille!

L’éclosion d’un nouveau talent mérite quelques mots. La confirmation de son potentiel aussi. Surtout si cette affirmation s’exprime après une défaite glorieuse. Lucas Pouille, tennisman français, âgé de 20 ans, classé au-delà de la 100e place du classement ATP, a réussi des débuts fracassants lors de son premier match d’un tournoi du Grand Chelem. Il a martyrisé Gaël Monfils au cours de 4 des 5 sets du défi proposé.

Le favori, souvent dépassé, sans âme, longtemps sans solution, a subi les initiatives de son cadet. Comme souvent, dans les sports d’opposition, celui qui possède un temps d’avance fini par l’emporter. L’action prime sur la réaction. La vitesse de l’un met l’autre dans l’urgence, lui fait provoquer des fautes. Et c’est exactement ce que Pouille a infligé à Monfils, qui a réussi à s’extirper de ce mauvais pas grâce à la qualité de son service.

Lucas a convaincu dans beaucoup de domaines. En plus de ne pas montrer de faiblesse technique majeure, (même si je ne visualise pas bien son revers) sa puissance et la précision chirurgicale de son coup droit ont défoncé la défense de Gaël. Si sa frappe décroisée fait des dégâts, il m’est apparu que son coup croisé, rapide, rasant le filet, imprévisible représente une force innovante. D’autant plus qu’elle est souvent suivie d’une montée au filet déterminée. L’audace du jeu, pas perçue au tournoi de Bercy, s’appuie sur un mental fort, inoxydable dans le rôle d’outsider. La perte de son service à 4-4 au 5e set va dans ce sens. Après le meilleur échange du match, il a raté sa volée, distrait par l’anticipation de Monfils. Et pour le coup suivant, sur une action plus courte, il a refusé le smash au filet sur un lob de Monfils qui est venu mourir sur sa ligne de fond. Ces deux points perdus, décisifs, contre un compatriote qui ira loin dans le tournoi, ont été joués à la perfection sur le plan stratégique. Sans trembler. Avec culot, intelligence et sens tactique. Comme un champion. Qui s’installera dans le Top 20. Et qui tôt ou tard participera au Masters des 8 meilleurs joueurs du Monde.

Égalité

Le sport, le tennis, et surtout la Coupe Davis offre des scénarios étonnants. C’est pour cela qu’on l’aime. Nous attendions plutôt des victoires des numéros 1 contre les numéros 2. Et c’est le contraire qui s’est produit. Wawrinka a dominé Tsonga. Monfils a écrabouillé Federer. Dans un premier temps, la France souffre de migraine. Dans un deuxième, la Suisse s’inquiète fortement. Roger, que l’on veut invincible du côté de Genève et Zurich, flageole. Et tous les pronostics s’affolent.

Les experts annonçaient Stan comme un fébrile chronique. Il s’est montré solide comme un roc. Tsonga, le guerrier, n’est jamais parvenu à entamer le combat. Federer, l’enchanteur, n’a réussi aucun tour de magie. Monfils, le fantasque a démontré une régularité robotique chargée d’émotions positives.

Selon moi, le double était acquis aux français. Chiudinelli, le seul helvète à préparer l’ échéance, n’a pas la dimension planétaire de l’événement. Mais une évidence s’impose à moi. Le Federer de vendredi n’a aucune chance de gagner dimanche un des points décisifs. Il manque de jambe, de fluidité dans les gestes, de certitudes sur terre. Il a pourtant trop joué cette année et les repaires sur l’ocre de Lille lui font défaut. Il doit, il va affronter les bleus en double pour dérouiller son corps, retrouver peu à peu ses meilleurs coups et son coup d’œil laser.

Wawrinka sera aligné à son côté. Il respire la forme et la confiance en lui. Lüthi rebâtira le duo d’or olympique. Par obligation. Par superstition.

L’incertitude subsiste. Les spectateurs seront gagnants. Vive la Coupe Davis.